Un sac sur le dos
Amandine

Avant de devenir végane, nous avons eu tout un parcours… qui ne transparait que trop peu dans mon article sur pourquoi je suis devenue végane ou celui sur comment je voyage en étant végane. Le voici en quelques mots, en espérant que ça donne plus de relief à mes précédents articles et, peut-être, que cela parle à certain•es.

En évolution 

Personnellement, j’aime beaucoup lire des récits de vie, voir comment les gens évoluent dans la réalisation de leurs rêves tout comme dans leur positionnement face à des questions éthiques, leur mode de vie et leurs valeurs. Par exemple je ne voyage plus actuellement comme je le faisais il y a 5 ans. Certaines années, j’ai voyagé tous les mois ou presque en prenant l’avion, pour des destinations proches ou lointaines. Si l’Ailleurs et le mouvement m’attirent toujours, c’est avec plus de lenteur et en pesant le pour et le contre de chaque déplacement que je souhaite voyager.

Mais ce n’est exceptionnellement pas de mes voyages qu’il est question ici (si l’évolution de notre façon de voyager vous intéresse, faites-le-moi savoir dans les commentaires pour me motiver à écrire sur le sujet). Aujourd’hui il est question de nourriture… mais pas que !

Burger végane (Rügen, Allemagne)

De végétarienne gênée à végane affirmée 

Je n’ai jamais pris de plaisir à l’idée de manger de la viande. Depuis toujours, je fais un blocage sur certaines viandes ou certaines présentations de viande. Plus le plat ressemble à l’animal dont il provient, moins je pouvais le manger. Quand je vivais chez mes parents, je n’aurais jamais imaginé demander un « service spécial » rien que pour moi (surtout dans une famille de 7 enfants) et ne pas manger de viande. Juste, parfois, je ne me servais pas de viande et mangeais le reste… Quand j’ai eu mon premier chez moi, lors de mon stage au Canada, je pense n’avoir pratiquement jamais acheté de viande. J’en consommais par contre lors des sorties chez des ami·es ou au restaurant. J’ai retrouvé la même logique lorsque je me suis installée avec François, allant même à acheter des « similis ». 

Puis j’ai commencé à me sentir fatiguée. Je suis allée consulter un médecin qui a directement pointé du doigt mon alimentation. Je ne mangeais pas assez de viande, d’où j’étais certainement carencée en fer. Prise de sang. Bingo. Que répondre à ça ? S’en sont suivies des discussions sans fin entre François et moi, lui voulant bien faire et me martelant que manger de la viande était indispensable, encore plus pour moi que pour les autres. Et mon dégout de la viande grandissant à la mesure de la pression extérieure croissante qui m’accablait.

5 mois plus tard, nous avons découvert que la fatigue provenait (surtout) de la mononucléose, souvenir d’un voyage en Bolivie. Entre temps, les comprimés de fer auront eu le temps de me bousiller l’estomac et d’offrir une gastrite chronique pour les 7 années à venir. 

Les années ont filé, j’avais repris une consommation légère de viande. J’étais sans doute flexitarienne, même si je ne m’étais jamais donné cette étiquette. Dans mon cercle proche, j’avais deux amies végétariennes et, systématiquement, j’étais associée à elles lors des repas. La table se scindait en deux : d’un côté les plats de viande (pour les vrais bonhommes) et de l’autre les plats végé (pour les nanas). Cliché. Sexiste. Mais c’était notre réalité à ce moment-là. À force de manger du côté végé de la table, ces ami·es en sont venu·es à me mettre l’étiquette végétarienne. Alors que je continuais d’accepter l’assiette de viande que l’on me servait hors de la maison. 

Puis un jour, je me revois, dans notre appartement, assise sur l’appui de fenêtre. François cuisinait de la viande (pour lui). Et je lui ai dit d’une petite voir farouche : 

Je ne mangerai plus de viande.

Que je me sentais bien après avoir libéré ces mots de ma bouche ! C’était ma toute première affirmation végétarienne. Et c’est à lui que je l’aie adressée. La personne avec qui je me sens le mieux sur Terre, celle à qui je peux tout dire, celle à qui je peux opposer mes idées en toute confiance. Sa réaction a été plus mesurée que ce à quoi je m’attendais. Je le sentais inquiet pour ma santé, alors que moi, je m’inquiétais des autres. Qu’allaient-iels penser ? Ce que je voulais éviter par dessus tout, c’était de déranger. J’en étais venue à la solution suivante : végétarienne à la maison, chez certain·es ami·es et au restaurant. Motus et bouche cousue dans les autres cas.

Et peu à peu, je me suis sentie mieux avec cette étiquette, au point de l’oublier. Cela faisait partie de moi, point. J’ai commencé à lire davantage sur le sujet, et petit à petit, le véganisme a commencé à m’intéresser. Je ne buvais déjà que des laits végétaux, mais je consommais toujours du miel, des œufs et, à travers des produits industriels, comme mes biscuits au chocolat préférés, du lait.

Et puis… et puis François a accepté de voir un documentaire que je lui proposais depuis des mois. Je sentais que c’était important de le voir ensemble. J’ai attendu et quand ce jour est arrivé, tout a changé. Mais avant de vous raconter cela, il faut que je vous parle un peu de François et de son cheminement.

En voyage en Polynésie… en étant végane

De gros mangeur de viande à végane… du jour au lendemain !

François, c’était cette personne qui pouvait manger de la viande à tous les repas. Charcuterie au petit déjeuner. Sandwich de viande à midi. Spaghettis bolo au soir. Pas forcément de grandes quantités, mais de la viande quand même.

C’était aussi ce genre de personne qui se raillait des végétarien·nes : « à quoi ça sert de se limiter, si c’est pour devoir se complémenter pour espérer être en bonne santé ? Et puis la viande c’est bon ! » S’il avait dû définir le végétalisme à l’époque, il aurait sans doute dit qu’il s’agit du végétarisme poussé à l’extrême.

Il m’a suivie dans la diminution de viande, c’est même lui qui s’est intéressé aux similis le premier. Mais quand cela a touché à la santé, c’était fini. Fini de rire, on reprend les choses en main : l’Humain a besoin de viande !

Jusqu’au jour où… il a accepté de voir le documentaire « What the Health ». La santé était sa principale préoccupation et son principal frein à devenir végétarien ou végane. À la fin du documentaire, il y a eu un silence puis ces mots… 

Bon, c’est très simple. Il suffit de tester. Je vais être végane pendant un mois, faire une prise de sang demain et une autre à la fin de la période de test. On verra bien.

Dans ma tête c’était la fête : « Wouhou, il devient végane ! ». Jamais je n’aurais espéré un tel impact de ce documentaire et un tel changement, si grand et si rapide !

Dans sa tête c’était plutôt : « Bon, je vais lui prouver que ça ne marche pas, et dans un mois, elle verra bien que ma santé sera moins bonne, on pourra arrêter avec tout ça ! ».

Quelques jours à peine après avoir changé son alimentation, son état d’esprit commença à évoluer. Il dormait mieux, avait moins de problème de transit et de maux de ventre (voire plus du tout), se sentait plein d’énergie… Au bout du mois, il n’a pas eu besoin d’attendre les résultats de la prise de sang : il sentait bien qu’il était en meilleure santé. Ce que la prise de sang a confirmé : c’était assez impressionnant, particulièrement du côté du cholestérol et du foie. 

Et voilà comment François est devenu végétalien du jour au lendemain !

François en voyage en Polynésie française

Véganes en toute transparence

Pourquoi est-ce que j’avais tendance à me cacher quand j’étais végétarienne alors que je l’affiche sans souci depuis que je suis végane ? En partie, clairement, le soutien de François joue pour moi. Me sentir soutenue, savoir que nous sommes sur la même longueur d’onde, ça aide ! Mais pas que… 

Finalement, quand j’étais végétarienne, je m’étais très peu renseignée. Je l’étais « pour les animaux », mais la réflexion s’arrêtait là. Aujourd’hui, j’ai pris le temps de lire, de regarder, de me documenter. Aujourd’hui je peux tenir une conversation pour parler de ce choix de vie. Pas dans le but de convaincre ni de me justifier, ces deux attitudes s’apparentant trop à un jeu de joute verbale qui ne m’intéresse pas. Mais entre véganes, parler de nos expériences, ou avec des personnes curieuses de découvrir ou de remette certaines idées reçues en perspectives… avec plaisir. 

Et troisième point, après le soutien du conjoint et la documentation, je me sens en harmonie totale avec ma démarche. Elle a du sens et me correspond alors que végétarienne, je ne savais pas trop quoi répondre quand on me posait la question du lait ou des œufs. Je ne veux contribuer en aucun cas à la souffrance animale. Et le végétalisme est sans doute la façon la plus facile d’y arriver.

Je pense que toute la différence est là, dans ces 3 facteurs, entre un végétarisme « honteux » et un véganisme affiché. Oh, et aussi j’ai vieilli, j’ai muri… et j’ai un peu moins peur à l’idée de risquer d’embêter mon monde avec mes choix de vie !

Deux ans plus tard

Cela fait maintenant 2 ans que nous sommes véganes et nous sommes tellement heureux·ses de ce choix. Si la porte d’entrée pour François a été la santé, au fil des mois il a commencé à s’intéresser à la cause animale et à l’impact de la consommation de viande sur l’environnement. Le véganisme fait partie intégrante de nos vies de nos choix de vie au quotidien, pour toutes les raisons qui sous-tendent cette philosophie.

Non, la viande ne me manque pas. Je dirais que mon dégout qui allait à la base aux aliments ressemblant aux animaux vivants s’est étendu à tous les POA (produits d’origine animale). Je ne peux plus distinguer ces produits de la souffrance et de la catastrophe écologique auxquels ils sont liés. Ce dégout ressemble pas mal à celui que nous avons face à la photo d’une personne qui mange un animal que l’on juge bizarre ou horrible de manger dans notre culture : sauterelle, araignée, chauvesouris, chat, chien… 

Mais que l’on s’entende bien : à mes yeux, le végétalisme/véganisme n’est pas jugement des autres ni condamnation des « méchant·es mangeur·euses de viande ». C’est au contraire un mouvement d’empathie et d’amour envers le Vivant. Reconnaitre à tous·tes et à chacun·es le même droit d’exister. Et je ne me permettrais pas de juger un·e non-végane : je l’ai moi-même été pendant plus de 30 ans ! Je ne considère pourtant pas la « moi d’avant » comme un monstre (ni la « moi de maintenant » comme parfaite !). Je me considère par contre maintenant comme mieux informée et plus en harmonie avec moi-même et le monde.

À chaque repas partagé avec des personnes rencontrées sur les routes, le sujet du véganisme apparait immanquablement. Nous répondons poliment aux questions, sans chercher à convertir, dosant l’information en fonction de la curiosité de notre interlocuteur. Nous sommes ravi·es de partager un repas et d’entendre à la fin des exclamations de joie et souvent de surprise aussi. Repu·es, heureux·ses de la découverte, avec des réconciliations envers des produits ou de saveurs qui avaient été jusque là laissées de côté. 

Chantier en cours…

J’ai commencé ce texte en mettant l’accent sur mon évolution. Cet article prend une photographie, à un instant T, de ce cheminement. Mais le chemin continue. Je suis toujours en évolution. Changer, grandir, murir, régresser aussi… tout cela fait partie de la vie. La vie, c’est le mouvement !

Le véganisme a agi comme l’ouverture d’une porte. Une fois celle-là ouverte, j’ai voulu en pousser d’autres : celles du zéro déchet, de la slow-consommation, de la consommation de produits locaux et éthiques… et pas seulement pour la nourriture. Le véganisme d’ailleurs ne concerne pas uniquement nos assiettes, mais aussi, par exemple, les matières avec lesquelles nous nous vêtons et nous chaussons. De la même manière que nous souhaitons éviter la souffrance animale, nous souhaitons que nos choix n’impliquent pas de souffrance humaine. C’est plus facile à dire qu’à faire, mais c’est notre cheminement actuel.

Voici donc mon petit chemin… curieuse de me relire dans quelques années et de découvrir le regard que j’aurai alors sur ce chemin et celui que j’aurai fait depuis…

Prendre le temps d’une pause dans le temps, le temps d’un bilan

17 réponses à “Devenir véganes : notre parcours, 2 ans plus tard”

  1. Je viens de découvrir votre site par cet article que je trouve très bien écrit et sans aucun jugement, je suis moi même végétarienne, mais pour l’instant je n’arrive pas à me passer du fromage, il m’a fallu 3 ans pour devenir végétarienne alors peut-être qu’un jour…
    Bref tout ça pour dire que je suis choquée des messages que les gens peuvent laisser, il y a tant de haine et de jugement des non végétariens!! Je ne comprends pas d’où cela peut venir surtout avec un billet si bien réalisé. Je pense qu’il y a de la jalousie, peut-être ne parviennent ils pas à être en phase avec eux-mêmes et préfèrent donc attaquer les gens qui ont réussi ce « parcours »
    En tout cas je vous félicite tous les deux, au plaisir de vous lire.

  2. Hormis le fait que j’ai grandi dans une famille qui ne mangeait pas de viande par respect pour les animaux (mais du poisson et autre POA), notre parcours ressemble énormément au vôtre. Ton parcours avec la viande, c’est le mien avec le poisson. Et mon conjoint est devenu végane du jour au lendemain aussi, le jour de notre retour de voyage. On a fait ce saut ensemble et on est tellement heureux! Et tu touches un point tellement juste : devenir végan c’est aussi s’accorder avec toutes les idées de bon sens comme le 0 déchet, la slow life, le local … On fait encore n’importe quoi parfois, mais on pèse les conséquences et l’on ajuste nos comportements. Ton article fait tellement écho chez moi ! Nous ça fait un an ^^ 🙂

  3. Bonjour à vous,
    Je suis estomaquée des premiers commentaires mais bon bref, il y aura toujours des personnes qui seront réfractaires aux changements qu’on ne leurs impose pas. Merci en tout cas de partager votre expérience, c’est très enrichissant de voir l’évolution des autres.
    Ici, en transition aussi, toujours à l’équilibre entre le flexi, le végétarisme et le vegan. Mais depuis que j’ai trouvé comment introduire facilement des produits vegan à cuisiner, c’est plus simple de tendre vers celui-ci.
    Bref, je me demandais comment ça se passe en voyage ? Vous recherchez à l’avance du coup toujours des restaurant étiquetés vegan ?
    Je sais qu’ils y a des pays où la consommation de viande est très peu présente donc ça doit être plus simple, mais dans les autres ?
    Merci par avance pour votre retour !

    • Bonjour Gaëlle,

      merci pour ton gentil commentaire. Pour ce qui est de manger végane en voyage, notre premier article sur le sujet aborde le point de trouver de quoi manger chaque jour en vadrouille. Pour résumer, sur plus de 2 ans, nous avons toujours trouvé des solutions sans trop de souci, tant que nous étions hors de l’Europe « latine ». Serait-ce un signe que cette Europe est plus réfractaire au changement ? 😉

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