Notre envie de voyager ne peut être envisagée séparément de notre soif de découverte : nous recherchons ce qui est différent, ce qui vient bousculer nos habitudes. Lors d’un voyage, le fait d’entendre parler une autre langue participe donc fortement de cette sensation de dépaysement que nous éprouvons.

Dans ces conditions, un séjour à l’étranger est de loin le cadre le plus motivant pour se perfectionner dans une langue étrangère. Encore faut-il s’y prendre correctement.

Partir en voyage pour apprendre une langue : les pièges à éviter

Amandine vous avait expliqué comment vous débrouiller dans un pays dont vous ne connaissez pas la langue. Dans cet article, je partirai plutôt du principe que vous apprenez une langue et désirez la perfectionner à l’étranger.

  1. Le mythe de l’immersion

    Avant tout de chose, je dois vous mettre en garde contre une idée reçue largement répandue : le fait d’être dans un pays, en « immersion », ne vous aidera pas forcément à progresser. Vous devez adopter une posture active et voir dans chaque interaction avec la langue une occasion de progresser. Entendre parler des gens dans la rue n’est malheureusement pas suffisant.

  2. L’Enfer, c’est les autres

    Avant même votre départ, planifiez votre voyage de manière à le rendre aussi efficace que possible. Si vous envisagez de partir en groupe, demandez-vous si c’est une bonne idée. En vous déplaçant avec d’autres personnes, vous prenez le risque de rester « entre Français » et donc de parler… français. Cela ne vous condamne bien évidemment pas à voyager seul, mais n’ayez pas peur d’exposer votre projet à vos amis et leur expliquer que vous avez des objectifs différents des leurs.

    Vous avez également la possibilité de partir avec des personnes qui partagent ce projet. Ainsi, vous serez moins tentés de rester entre vous et irez plus facilement parler aux gens.

  3. Note sur l’anglais

    L’anglais est de plus en plus couramment parlé en Europe et dans le monde. C’est à la fois une bonne et une mauvaise chose. D’un côté, vous pourrez pratiquer cette langue dans de nombreux pays, avec des locuteurs de tous horizons : une aubaine si c’est votre but. En revanche, vous serez vite soumis à la tentation de ne parler qu’anglais par facilité, et tant pis pour les autres langues.

    C’est un piège dans lequel on a vite fait de tomber, surtout dans les pays du nord de l’Europe, où tout le monde s’empressera de vous répondre en anglais. N’hésitez pas à vous montrer un minimum ferme, mais toujours poli : après tout, vos interlocuteurs ne veulent pas vous embêter, simplement vous épargner la difficulté que représente le fait de parler leur langue.

    En dernier recours, vous pouvez toujours tenter le bon vieil « I don’t speak English » !

Une fois sur place : l’aventure linguistique commence

L’avion a atterri ou le train est arrivé en gare, il ne vous reste plus qu’à pratiquer votre langue cible. Pour ce faire, préférez des modes de logement qui vous mettront en contact avec la population locale.

  • Quel hébergement choisir ?

    L’hôtel n’est pas forcément l’idéal, car les interactions y sont rares. Les auberges de jeunesse sont déjà un meilleur choix, mais le brassage ethnique fait que vous risquez de finir par parler anglais.

    Une bonne solution reste l’hébergement chez l’habitant, soit chez des personnes que vous connaissez déjà sur place, soit via un service spécialisé. Ce type de logement est parfois contraignant, mais il a l’immense avantage de vous plonger directement dans la vie quotidienne du pays. Vous aurez donc la possibilité d’apprendre un grand nombre de termes et d’expressions de la vie de tous les jours.

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    Vous pouvez vous ennuyer à l’hôtel ou profiter du confort d’un simple canapé et faire des rencontres inattendues © Dave Austria

  • Langue écrite et langue orale : un temps d’adaptation

    L’un des plus gros chocs que l’on puisse ressentir en arrivant pour la première fois dans un pays est sans doute l’écart entre les langues écrite et orale. En effet, le langage que vous entendrez une fois sur place pourra être assez différent de celui que vos professeurs vous ont enseigné. Il y a deux raisons très simples à cela.

    Premièrement, la langue que l’on trouve dans les cours et méthodes est un standard servant avant tout à la communication écrite. Pour prendre un exemple que j’ai vécu, le finnois enseigné à l’université est le kirjakieli (« langue littéraire »), que les Finlandais comprennent et utilisent à l’écrit, à la radio ou à la télévision, dans un contexte formel. À l’inverse, si vous vous rendez en Finlande, vous entendrez diverses formes de puhekieli (« langue orale »), soit la langue utilisée par les Finlandais dans la vie de tous les jours, avec des variations d’une région à l’autre. Dans les faits, tout le monde vous comprendra, mais je ne garantis pas que vous compreniez tout le monde ! Ne laissez pas cette expérience vous décontenancer, maîtriser ne serait-ce que des rudiments de la langue écrite vous permettra d’apprendre la langue orale en très peu de temps.

    Ensuite, la langue standard n’est bien souvent qu’un dialecte local s’étant imposé à l’échelle nationale. Pour prendre des exemples proches de nous, le Français des médias n’est autre que la langue d’oïl s’étant développée à Paris ; ou encore l’italien standard est issu du dialecte parlé dans la région de Toscane.

    Si vous vous rendez dans une région dont la population possède un accent particulier, le dépaysement sera total ! Encore une fois, pas de panique, vous vous y habituerez plus rapidement que vous ne le pensez.

    Pour bien vous figurer les écarts évoqués ci-dessus, imaginez qu’un étranger apprenne le français (littéraire et parisien) à l’université et décide de venir le pratiquer en France. S’il commence par Marseille, il risque de ne pas très bien comprendre la langue (orale) qu’il entendra !

Des milliers de façons de pratiquer une langue

Une fois que vous avez pris vos marques dans votre pays d’accueil, les occasions de vous imprégner de la langue ne manquent pas. Essayez, autant que possible, d’aller à la rencontre d’habitants de la ville que vous visitez.

Si vous êtes hébergé par une connaissance, il y a de fortes chances qu’elle ait envie de vous présenter à ses amis ou à sa famille. Dans le cas contraire, certaines communautés organisent régulièrement des activités, vous pourrez y rencontrer des personnes qui seront sur la même longueur d’onde que vous.

Si vous avez peur d’engager la conversation avec des inconnus, n’oubliez pas qu’ils accueilleront généralement votre projet d’apprendre leur langue avec bienveillance. N’ayez pas peur de faire des fautes, personne ne se moquera de vous !

  • Recherchez l’immersion

    Revenons un instant sur le concept d’immersion, évoqué plus tôt dans l’article. Un voyage est une occasion en or de vous immerger complètement dans une nouvelle culture. Laissez de côté votre langue maternelle et essayez de penser dans la langue que vous apprenez. Écoutez, lisez, parlez constamment cette langue. L’état d’esprit que je viens de décrire est très puissant et vous fera progresser très rapidement : les mots vous viendront plus vite et vous mémoriserez facilement du vocabulaire.

    À votre retour, vous serez même surpris d’entendre parler français autour de vous, peut-être même aurez-vous besoin d’un temps d’adaptation pour vous exprimer à nouveau dans votre propre langue !

  • Quelques conseils pour aller plus loin

    Si vous souhaitez progresser encore plus vite lors d’un voyage, voici quelques astuces qui vous y aideront. Premièrement, équipez-vous : carnet pour les plus traditionnels, téléphone pour les technophiles. Ainsi, vous serez en mesure de relever les mots qui vous intéressent le plus, voire de les intégrer dans un logiciel de mémorisation (Anki, Mosalingua…). Profitez-en : le vocabulaire que vous entendrez sera celui de la vie de tous les jours, donc le plus utile pour communiquer.

    Certaines personnes vont jusqu’à tenir un journal de leur séjour dans la langue cible. Je trouve cette pratique très contraignante, mais si vous aimez particulièrement écrire, pourquoi ne pas tenter l’expérience ?

    N’hésitez pas à profiter des médias locaux : il est toujours intéressant de regarder un peu la télévision ou d’écouter la radio, ne serait-ce que pour se plonger dans un environnement souvent très différent du nôtre. Bien sûr, vous aurez sans doute mieux à faire que regarder des émissions de téléréalité durant votre séjour, mais essayez quand même !

Pour finir

Avant de faire vos valises, n’oubliez pas que vous partez avant tout pour profiter du voyage, pas pour travailler. Nous apprenons les langues étrangères pour mieux voyager, nous ne voyageons pas simplement pour apprendre les langues.

De la même manière, acceptez de parler ponctuellement d’autres langues que celle que vous apprenez. Certaines personnes que vous rencontrerez auront peut-être envie que vous leur enseigniez un peu de Français, jouez le jeu !

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter un excellent voyage. Si vous suivez ces quelques conseils, vous vivrez une expérience riche qui vous fera réaliser d’importants progrès dans la langue de votre choix. Vous vous ferez certainement de nouveaux amis, avec qui vous pourrez garder contact et continuer à parler via Internet. Amusez-vous bien !

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7 commentaires

  1. Pas vraiment, j’utilise surtout mon anglais et c’est déjà pas mal. Pour ma gouverne, je ne suis jamais restée assez longtemps dans un pays pour tenter de parler la langue de celui-ci. Dans certains coins de Pologne ou Tchéquie, j’ai vraiment eu l’occasion de me débrouiller sans l’anglais car pas mal de gens ne le parlaient pas en fait.
    Sinon, j’aimerais bien me remettre à l’allemand, vaste programme !

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    • En effet, l’anglais est très utile en voyage, mais dès qu’on s’éloigne des centres-villes occidentaux, on peut avoir des surprises…
      Bon courage pour l’allemand !

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  2. Très intéressant. J’aime aussi les langues et seule la motivation permet un apprentissage efficace. Je me suis donné le défi d’apprendre l’espagnol avec l’accent chilien. Le but : passer pour un chilien quand je rencontre des nouvelles personnes et plus pour un étranger. Ça commence a marcher mais au bout de plusieurs minutes, je suis démasqué !

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    • Je suis sûre que d’ici peu tu passeras totalement inaperçu au Chili Mathieu 😉

      J’ai pensé à toi récemment, en parlant avec d’autres voyageurs concernant l’Amérique latine et le pays où c’est le plus difficile de comprendre et de se faire comprendre lorsque l’on parle espagnol (d’Espagne ou d’autres pays d’Amérique latine)… Et la majorité des gens présents étaient d’accord : c’est au Chili ! Entre leur accent spécifique et leurs expressions typiques… difficile de s’y retrouver !

      Même si, pour moi, de mes souvenirs de mon premier long voyage en Amérique du Sud, ça a été l’Argentine, le pays où j’ai eu le plus de difficultés à comprendre et me faire comprendre… (mais au dernier voyage là-bas, j’étais prête : « vamos a la placha » ! 😉 )

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    • La recherche du mimétisme est un excellent moyen de se motiver une fois qu’on a atteint un niveau avancé. Mais passer pour un locuteur natif demande beaucoup d’entraînement !

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  3. Les gens qui parlent anglais, j’ai beaucoup vu ça en Allemagne. Dès qu’ils voient que la personne en face è un accent étranger, ils répondent en anglais, même si on parle allemand. On peut faire toute une discussion en parlant allemand avec la personne en face qui continuera à répondre en anglais. C’est plus facile de pratiquer dans les pays latins où les gens ne s’embêtent pas à parler anglais si on parle leur langue.

    J’ai pu observer la différence de dialecte à Cuba après avoir appris l’espagnol. Même les hispanophones d’autres pays ont du mal à les comprendre. Mais quand ils parlent à un étranger, ils font l’effort de parler de façon compréhensible pour nous.

    J’ai lu quelque part que le coréen du nord et celui du sud étaient tellement différents que les coréens du sud prennent les réfugiés nord-coréens pour des chinois qui ne parlent pas bien coréen, du fait de l’isolement de la Corée du Nord, alors que c’était la même langue en 1945.

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    • J’ai déjà vécu plusieurs fois la situation surréaliste que tu décris : une conversation avec un Allemand où j’étais le seul à parler allemand. Je pense que pour un Allemand 1) parler anglais permet de montrer son ouverture au monde et sa connaissance 2) laisser penser qu’on ne parle qu’allemand, c’est la honte 3) l’allemand n’est pas une langue faite pour la communication internationale et si un étranger la parle, il faut se dépêcher de passer à l’anglais pour lui faciliter la tâche.

      J’ai en effet entendu dire ça pour le coréen du nord et du sud. Ne parlant pas cette langue, je m’abstiendrai de trop m’avancer. Je sais juste qu’une entreprise sud-coréenne a créé une appli pour traduire des termes sud-coréens pour les Nord-Coréens. C’est dire !

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