Un sac sur le dos
Amandine

Combien de pays as-tu visités ? Une question qu’on me pose souvent et à laquelle je suis bien en peine de répondre. Après une intense réflexion et un comptage sur les doigts en suivant la chronologie de mes voyages autour du globe, ma réponse a généralement le don de décevoir mon interlocuteur·trice. « Ah, seulement ? » Eh oui, je suis une voyageuse récidiviste !

Voyages et attractions

Combien de fois suis-je partie en voyage ? Combien de pays ai-je visités ? Deux questions qui auront pour moi deux réponses complètement différentes. Je ne cours pas après les cachets dans le passeport (même si certains sont très jolis, comme ceux du Machu Picchu et du Cap Horn !). Je ne pratique pas une course contre la montre ni contre la carte des pays à gratter (reçue lors de mon emménagement dans mon premier appartement). Et je suis encore moins dans une dynamique de compétition face aux autres voyageurs.

Quel sens toutes ces courses pourraient-elles bien avoir ?

Lorsque je voyage, je réponds à un appel, une envie, un besoin parfois… Et, quelle que soit la raison, elle m’est toujours personnelle. Voyager pour une raison qui me serait extérieure aurait aussi peu de sens que de me mettre à respirer pour une autre personne.

Et lorsque François et moi choisissons nos destinations de voyages, nous sommes comme deux enfants devant la vitrine d’un marchand de pâtisseries. À laquelle allons-nous succomber ? Un singulier qui devient souvent rapidement pluriel. « On prend la belle rose là-bas ! Oh, et aussi la verte ici… Et la rouge, tu te souviens, on l’avait adorée la dernière fois ! » Et c’est ainsi qu’aux rêves et projets de voyages viennent toujours se mêler insidieusement, à notre liste d’envies de découvertes, des destinations où nous sommes déjà allé·e·s.

2012 : « Oui, c’est vrai, on est déjà allés au Pérou. Mais on n’en a vu que le Nord. »
2014 : « Oui, c’est vrai, on est déjà allés deux fois au Pérou, mais on n’a presque rien vu du centre du pays ! »
2016 : « Tiens, une super promotion pour aller au Japon. On n’y est encore jamais allés ! » (content·e·s de résister à notre attraction pour l’Amérique latine)
2017. « Oh, on retournerait bien au Japon ! Mais cette fois, ce n’est pas pareil, c’est à une autre saison et on y voyagera autrement. »
2017. « Encore le Japon ? Oui, mais c’est encore à une autre saison. Et c’est différent, on emmène tes parents. »
2018. « Jaaaaapooooon !!! »

Coup de cœur et récidive de voyage au Japon

Voyager sans justification

Plus nous voyageons, moins nous nous soucions de choisir comme destination un pays où nous ne sommes pas encore allé·e·s. Envie de retourner au Japon ? Et pourquoi pas ! Nous voyageons sans justification. Et si nous devions formuler un but à nos voyages, ce serait de se sentir vivant.

Vivant·e et donc entier·ère. Connecté·e. À soi, aux autres, au présent, au monde… et à nos envies.
Vivant·e et donc spontané·e. Pas coincé·e dans des carcans ou un mode de fonctionnement.
Vivant·e et donc libre.

Oui, nous nous apprêtons à partir pour notre 4e voyage au Japon. En Europe, on ne compte même plus les voyages en France, en Italie, en Allemagne ou en Espagne. Et oui, nous avons déjà été quatre fois en Amérique latine, dont deux fois lors de voyage au long cours. Nous y avons passé au total plus d’une année et sommes allé·e·s 3 fois au Pérou et au Chili, 2 fois en Argentine et en Bolivie, 1 fois en Équateur, au Paraguay, au Salvador, au Guatemala, au Belize (qui n’est pas vraiment latine du coup) et au Mexique

Pour l’instant !

Je dis bien pour l’instant, car nous sommes convaincu·e·s que nous retournons encore dans bon nombre de ces pays, car nous avons été profondément touché·e·s par ceux-ci, d’une façon ou d’une autre. Par une rencontre, une culture, des paysages, une chaleur humaine, une richesse archéologique, un sentiment de bienêtre et de justesse ressenti sur place… Et puis parce que nous avons encore de nombreux rêves et projets à réaliser !

Récidiviste = fautif ?

Le mot récidiver possède une dimension d’interdit. Comme si nous commettions une faute, encore. Retourner dans un pays où nous sommes déjà allé·e·s tiendrait du délit ? Peut-être aux yeux de certain·e·s, poussé·e·s par la tendance de notre société à devoir rentabiliser son temps. Et être rentable en voyage, c’est voir le maximum en un minimum de temps. Une logique qui s’applique au sein même d’un voyage, avec les organisations millimétrées de programmes surchargés. Et une logique que l’on retrouve aussi dans la façon de choisir ses voyages, ses destinations, ses fréquences et ses styles.

Et je comprends aussi cette façon de penser. Certaines personnes, très cartésiennes et réalistes, se rendent bien compte qu’elles ne vivront pas éternellement, et que décider de retourner dans un pays où elles sont déjà allées, c’est diminuer la probabilité d’aller dans un nouveau pays à découvrir. En soi, le raisonnement se tient…

Mais finalement, qu’est-ce qui importe le plus une fois l’heure du bilan arrivée ? Avoir un maximum de pays au compteur ? Ou s’être donné·e la possibilité de réaliser ses rêves, même si ceux-ci impliquaient de retourner là où on était déjà allé·e ?

Souvent récidivisme et lenteur vont de pair. On découvre lentement un pays, une région du monde, une culture, en un ou plusieurs voyages. On se lie davantage avec les personnes qui croisent notre route. On prend le temps de la rencontre, laissant le voyage respirer… et nous par la même occasion !

Voyageur·euse récidiviste, voyageur·euse amoureux·se

J’espère que cet article ne vous fera pas ressentir l’idée qu’il n’y a qu’une bonne façon de voyager ou d’être un bon·ne voyageur·euse. Si votre rêve est de poser les pieds dans un maximum de pays, alors foncez évidemment ! Personnellement, je laisse les records aux autres, préférant fonctionner à l’envie et laisser s’exprimer mes coups de cœur. Je voyage comme j’aime : passionnément !

Oui, je suis une voyageuse récidiviste. Et vous ?

Voyager comme on est amoureux : passionnément !

12 réponses à “Voyageuse récidiviste”

  1. Je me retrouve bien dans tout ça. Il y a 10 ans, j’étais du genre à ne pas retourner 2 fois au même endroit, car le monde est vaste et ce serait bête de « rater » un pays ou une ville. Depuis, mon état d’esprit a totalement changé. Si je me sens bien quelque part, je reste ou j’y retourne sans culpabilité. Quand on aime, pourquoi se forcer à partir ailleurs? Ce serait impensable de quitter la personne qu’on aime juste parce qu’on n’a pas encore embrassé la terre entière. Alors pourquoi cette règle ne s’appliquerait pas aussi au voyage? Il y a 10 mois, j’ai passé une semaine sur l’ile de Koh Chang en Thaïlande, et ça a été le coup de foudre. Depuis, je m’y suis installée, et il ne se passe pas un jour sans que cette ile m’émerveille. Suivons notre cœur et nous voyagerons heureux.

  2. Quel bel article!
    Perso, je suis plus ou moins récidiviste : je ne compte plus mes multiples séjours, de courte ou longue durée, dans des pays comme l’Angleterre, l’Irlande ou encore l’Australie. Je pense également à certains pays que j’ai découvert d’une certaine façon et que je voudrais redécouvrir sous un autre angle, par exemple mon road trip en Nouvelle Zélande où j’étais constamment en mouvement et où je retournerais bien plus posée à faire des randos et des dégustations de vins dans la région de l’Otago. Ou encore le Canada où j’ai travaillé deux fois, une fois dans l’Est et une fois dans l’Ouest, et maintenant j’aimerais juste traverser tout le pays! Sans parler de mes trois tampons des Etats Unis, tous d’un Etat différent, forcément, c’est tellement vaste, difficile de tout voir en une seule fois!!! Mais il y a encore tellement de pays où je ne suis jamais allée et où ca me démange de plus en plus (tu es fan du Japon et de l’Amérique Latine! Justement, je veux y alleeeeerrrrr !!!!)
    Bref, tout ça pour dire que je suis le cul entre deux chaises : la chaise récidiviste, et la chaise nouveaux pays, et maintenant que je suis revenue vivre en France, j’essaie de faire un peu des deux 🙂

  3. Merci Amandine pour ce bel article ! Je comprends totalement : je suis en pleine récidive de voyages là… 😉
    En mars dernier, je suis partie au Maroc, dans un village aux portes du désert comme l’année d’avant, en avril au Sénégal, dans les mêmes villages et la même île qu’il y a 2 ans. Et en juin, je retourne à Malte, où je suis partie il y a 3 ans.

    Ce n’est pas pour autant que je ne découvrirai pas de nouveaux pays cette année, mais revenir dans les mêmes endroits « coup de coeur » est génial, permet de conserver un lien avec les gens sur place, notamment pour la création d’un jardin en permaculture qu’on (on = asso de danse africaine pour laquelle je suis bénévole) lance avec les femmes du village au Sénégal.

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