N’avez-vous jamais l’impression de vous perdre dans les méandres de la civilisation ? De vous sentir intensément seul au milieu de marées humaines ? Profondément déconnecté devant un écran géant ? Nous multiplions les progrès technologiques et les tours de verre astronomiques. Nous nous multiplions sans fin sur une planète finie. Et moi dans tout cela ? Voyager, c’est aussi se mettre en pause, déconnecter de la société et reconnecter avec son côté sauvage.

Société et civilité

Dans une société normée, comme dentée et crantée pour rouler au rythme de la grande horloge des Temps Modernes, l’homme est peu de chose et tout tout à la fois. L’homme n’est rien : une marchandise, une main d’œuvre, un consommateur. L’homme est tout : le sommet de la chaine intelligente et alimentaire, le centre de la planète, voire de l’univers, avant même d’en avoir atteint ses confins.

Un grand désespoir s’abat sur moi. Il faudrait nous enlever un petit bout de néocortex à la naissance. Pour nous ôter le désir de détruire le monde. L’homme est un enfant capricieux qui croit que la Terre est sa chambre, les bêtes ses jouets, les arbres ses hochets
(Sylvain Tesson)

Du bruit sans fin. Du bruit sans sens. Des conversations convenues et trop entendues. Des « ça va » qui se perdent dans le vide, sans attendre de retour. Un théâtre où les autres ne sont que le décor de projections internes. L’autre n’est qu’un miroir me renvoyant la balle dans ce jeu de conversations de sourds. Ping, je parle. Pong, tu parles. Ping, à moi la balle. Les mots de Sylvain Tesson viennent mettre du baume à mes sentiments en les reprenant pour lui :

Comment mesurer le confort de ces jours libérés de la mise en demeure de répondre aux questions ? Je saisis à présent le caractère agressif d’une conversation. Prétendant s’intéresser à vous, un interlocuteur fracasse le halo du silence, s’immisce sur la rive du temps et vous somme de répondre à ce qu’il vous demande. Tout dialogue est une lutte.

Le poids du vide me pèse terriblement. Tout comme celui du confinement. Pourquoi nous entassons-nous autant ? À l’image du chien si territorial dans les villes et si amical dans les campagnes, l’homme montre les dents, protège son espace, occupe quatre sièges dans le tram, bouche ses oreilles et cache ses yeux pour ne pas risquer d’entrer en contact. Nous vivons la queue entre les jambes, retenant notre souffle jusqu’à a atteindre le seuil de notre repère. Maison ! Comme des enfants jouant à touche-touche, nous nous réfugions dans notre base jusqu’à la prochaine partie où nous devrons, une fois encore, affronter le Grand Monde.

Le monde ne me semble jamais aussi grand que lorsque je suis dans une ville. Comme un trou béant, sans fin ni ordre. Le chaos du nombre.
Trop. Trop de tout. Trop d’absurdité, pas de place pour le vide, le silence… ni pour soi.

Dans ce jeu de masques de la jungle urbaine, nous devons nous rappeler de temps en temps d’arrêter d’être gentil pour être vrai. Des mots naïfs qui nous procurent une prise de conscience aussi longue qu’un tour de bocal de poisson rouge. J’y pense et puis j’oublie. C’est la vie. Je souris et je suis gentil. Un bon humain civilisé dans la grande société.

Souri pour la caméra !

Japon, Tokyo, voyage
Vivre en ville, société domestiquée

Trop tue le rien

Ce trop-plein, c’est lui, toujours lui, qui s’accumule, s’insinue partout, dans tout. Ne rien laisser au hasard, que ce soit dans la manière de traverser la rue ou de gérer mon agenda. Tout est normé, millimétré, optimisé. Pas de temps à perdre. Pas de temps pour soi.

Ce trop-plein, il me guette en permanence. Le voyage permet de recharger les batteries et de purger le « trop » accumulé. Mettre de la distance avec ce trop à travers les kilomètres, le mouvement et l’immobilité.

Sortir du bruit. Sortir des foules. Se retrouver.

Tiens, tu es là ?
Est-ce toujours toi ?
Quoi de neuf depuis la dernière fois ?

Le dialogue intérieur peut reprendre. Après un temps d’adaptation. Se réapprivoiser. À chaque fois. Une question de politesse envers soi-même. Ne pas se brusquer. Les autres le font déjà bien assez.

Bonjour, tu vas bien ?
Vais-je bien ?

Une question qui, loin des convenances envoyées à vitesse V, devient un sujet de dissertation philosophique pouvant durant toute la sainte journée… Et qu’est-ce qu’aller bien ? Et aller où ? Les éternelles questions du voyage. Les éternelles questions de la vie.

Pour sa santé, voyager

Pour sa santé :
manger 5 fruits et légumes par jour,
faire de l’exercice au quotidien,
voyager plusieurs fois par an.

Cela devrait être ajouté à la liste, bien normée une fois encore, de notre vision de la santé. Voyager plusieurs fois l’année. Ou au moins une fois. Un beau voyage. Pas forcément très loin de chez soi. Mais loin de ce « soi » qu’on ne supporte plus. Celui qui se perd dans les obligations, les raisons d’adultes responsables, les excuses de mauvais parents/frères/amis/conjoints : celui qui n’a jamais le temps pour les autres et encore moins pour soi.

Voyager pour quitter cette image de nous qui nous envahit et pourtant ne nous ressemble que de loin, comme une pâle copie, aplatie pour correspondre au moule qu’on lui a fourni. Il est si simple ce moule. Il permet de se lever le matin, de suivre le fil de sa journée, d’aller travailler, d’échanger avec les collègues devant la machine à café, de remplir ses devoirs en temps et en heure… Devoir d’employé, de consommateur. Devoir citadin. Mais certainement pas devoir citoyen.

Mon devoir citoyen, ce serait de veiller aux autres comme à moi-même et à ma planète. Des choix qui correspondent à me valeurs, des idées qui fusent, de la créativité à revendre. De l’énergie de vie à profusion et à partager.

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Aube en Saxe

Voyager : déconnecter, reconnecter

« Avez-vous essayé d’éteindre et rallumer ? »

Ces paroles de service après-vente d’informatique devraient s’appliquer aux hommes et aux âmes. Avez-vous essayé d’éteindre ? Tout. Soi-même, ses obligations, ses habitudes. Sa vie. On éteint et on rallume. On verra si les bugs reviennent, les mauvaises habitudes ont la peau dure… Mais cela vaut la peine d’essayer.

Hors de son cadre de vie, on n’est plus tel fils/fille, tel employé, tel ami… On est… personne. Telle la devise d’Arya Stark lors de son long apprentissage :

A girl is no one. (Une fille n’est personne.)

Et si c’était possible ? Qui découvririez-vous alors derrière ce « personne » ? A bas les masques. Plus de rôle à jouer, plus de maquillage, plus de fioritures. La réalité crue, la matière première brute. Juste soi.

Le voyage libère des contraintes d’identité. (…) Le voyageur baisse les éventuels masques de sa vie personnelle, car personne n’attend de lui qu’il joue un personnage sur les sentiers. Il est anonyme, sans engagement autre que l’instant qui vient et dont il décide la nature. (David Le Breton, L’invention du voyage)

Quand spiritualité et sciences s’accordent

Tous les courants de spiritualité parleront de ce retour à soi et retour à la nature… mais ce ne sont pas les seuls : la science, aussi, encourage ces tendances. Comme l’explique cet article Les médecins expliquent comment la randonnée change votre cerveau.

Résultats d’expérience à l’appui, des scientifiques prouvent que la randonnée en nature permet de diminuer les tendances à ruminer des idées négatives. Et plus la randonnée se fait en nature en étant déconnecté de toute technologie, plus ses vertus sont puissantes et ses effets flagrants sur notre cerveau, notre état de stress, notre bienêtre, notre créativité, notre capacité à résoudre des problèmes…

Avant de prescrire des antidépresseurs, calmants et autres médicaments, les médecins devraient penser à prescrire des marches et retraites en pleine nature…

Rewild : reconnecter avec le sauvage en nous

Voyager : aucun manuel ne pourra dicter comment voyager. Il existe autant de voyages que de voyageurs, autant de voyageurs que d’Hommes et d’humeurs… Mais tous les voyages ne permettent pas cette déconnexion et reconnexion. Seuls les voyages en pleine nature m’offrent cette liberté donnée à l’âme de s’éteindre pour mieux se rallumer.

Et briller.

Seule, sans les lumières de la ville, sa lueur se raffermit, s’embellit. Seule, elle brille pour le chant du vent dans les arbres, les rayons de soleil à travers le feuillage, le clapotis de l’eau, le temps infini qui s’écoule lentement à ses pieds…

Reborn. Rewild.
Renaitre. Reconnecter la partie sauvage en soi.

Nous l’avons tous au fond de nous, ce petit sauvageon. Pas besoin d’avoir été élevé par les loups et d’être ami avec Baloo pour le sentir, vivant au creux de nous. N’allez pas le chercher avec la tête, seuls les tripes et le cœur le connaissent. Cet enfant sauvage, il faut le nourrir, l’apprivoiser (lui aussi) pour lui permettre de grandir et de s’épanouir.

Et il nous le rendra en retour.

Il nous rendra plus fort. Plus autonome. Plus indépendant. Plus sur. Plus confiant en nos mouvements. Plus certain de notre instinct.

Allemagne, Sarre, Saarland, EnjoyGermanNature, nature
Regarder danser le soleil

En pleine nature, retrouver sa nature sauvage

Plus d’horloge, plus de temps. Oubliez vos plans. Oubliez tout. Fermez les yeux et offrez-vous quelques jours, quelques semaines, quelques mois pour les plus chanceux. Des mois de pure nature. Des mois de pure sauvagerie. Retour à l’instinct animal en nous.

Ma nouvelle devise : en toute chose imiter le chien ! La bionique consiste à s’inspirer des inventions de la biologie pour les appliquer à la technique. Il faudrait fonder l’école de l’éthobionique. On s’inspirerait du comportement animal pour conduire nos actes. Au moment d’agir, au lieu de demander conseil à nos héros — qu’auraient décidé Marc Aurèle, Lancelot ou Geronimo — on se dirait : “Et maintenant, que ferait mon chien ? Et un cheval ? Et le tigre ? Et même l’huitre (modèle de placidité) ?” Les bestiaires deviendraient nos livres de conduite. L’éthologie serait promue science morale.
(Sylvain Tesson)

Dans les paysages de nature que j’ai traversés lors de ces derniers voyages, au Japon, en France, en Espagne, au Portugal, en Allemagne… toujours le même sentiment. Celui de trop peu. Celui de ne pas appartenir aux villes. Je ressens cet appel en moi. L’appel de la nature. L’appel du mouvement et de l’immobilité. L’appel de la cabane. L’appel du Van… Reste à décider où y répondre…

Et vous, avez-vous déjà entendu cet appel ?

Cantabrie, Cantabria, Espagne, Spain
Montagnes de Cantabrie
Si cet article fait écho chez vous à des envies ou des difficultés personnelles, n’hésitez pas à me contacter pour une demande de coaching. Psychologue de formation et coach de vie, je propose d’accompagner les (futurs) voyageurs pour un bout de cheminement personnel, à travers un coaching personnalisé selon vos envies, besoins et objectifs.

10 commentaires

  1. Hey ! Une rando de prévue bientôt ? 🙂

    PS: très joli article ! c’est partagé !

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    • Merci Michael pour ton message et ton partage 🙂 Ravie que l’article te plaise et te parle.

      Non, pas de rando pour tout de suite : mon horizon actuel, c’est mon lit ! (on a dû annuler nos projets de voyage à la découverte de la mononucléose – j’en parle ici « Mon rêve rattrapé »). Mais j’en rêve… Et dès que j’irai mieux, ce sera au programme ! ^^

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  2. Superbe article !
    Cet appel, nous l’entendons depuis des années et c’est la raison pour laquelle nous avons parcouru des milliers de kilomètres à pieds par monts et par vaux. Inutile d’aller bien loin : la France regorge de magnifiques paysages.
    Et si l’on recherche vraiment à « déconnecter », il faut savoir qu’il existe en France des petites îles au soleil où les voitures n’ont pas droit de cité, des îles qui embaument de toutes les senteurs méditerranéennes. Je veux parler des Iles d’Or, Port Cros et Porquerolles en particulier. Notre préférée est Porquerolles.
    Il faut louer un logement sur l’île, hors vacances scolaires bien entendu. Le matin, surtout si vous vous levez tôt, c’est absolument magique, car vous pouvez vous croire seul au monde… Et le soir, après le départ du dernier bateau vers le continent, on peut jouir en toute quiétude de la paix retrouvée.
    Nous avons arpenté cette île durant des années. Nous l’avons un peu délaissée pour nous ouvrir à d’autres horizons, mais nous y revenons comme en pèlerinage, pour nous ressourcer.
    « Arpenter l’île de Porquerolles, c’est aller d’un pas apaisé à la rencontre d’une frontière subtile entre l’eau et la terre,
    entre la sagesse et les excès des hommes… ».

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    • Merci beaucoup Marie-Paule ! 🙂

      Tout à fait, près de chez nous, dans son pays et aux alentours, il y a déjà tant à découvrir ! Pour « déconnecter » et « reconnecter », les coins ne manquent : le plus difficile est de prendre le temps de prendre son temps… le temps de s’ennuyer, de regarder par la fenêtre et rêvasser, le temps de marcher…

      Nous avons déjà eu la chance de découvrir quelques iles de la Méditerranée en voilier (entre autres Ibiza, loin des clichés) et nous avons adoré ces découvertes nature au fil des vagues. Nous ne connaissons pas encore Porquerolles, mais nous l’avons déjà évoquée plusieurs fois comme idée de destination… Un jour !

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  3. Très bel article qui me fait me questionner et méditer ! Merci Amandine pour ces sources de réflexion. J’espère que tu vas mieux…

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    • Merci beaucoup Sandrine ^_^ Je suis encore très fatiguée, mais je sais que ça ira mieux !

      C’est un article écrit au retour de voyages nature en juin-juillet (maintenant j’écris moins, la fatigue n’aidant pas à la créativité ! ^^) et j’aime ressentir l’énergie qu’il y a dedans (énergie qui me manque un peu et que j’aime aller puiser tant dans la nature que dans les mots 🙂 ?).

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  4. Coucou Amandine, vos photos sont magnifiques ! Peux-tu me donner les références de votre appareil photo ?
    Super vos articles !

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    • Coucou Isabelle, merci pour ton message et les compliments 🙂

      Nous utilisions depuis mars 2016 des appareils photos de chez Olympus (pour nos photos et vidéos).
      François présente un test du sien (le modèle le plus perfectionné de nous deux) dans cet article de test de l’Olympus M5 Mark II.

      Et dans cet article nous retraçons nos choix d’appareils photos à travers le temps, au fur et à mesure de nos voyage, cela t’aidera peut-être également à faire ton choix 🙂

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  5. Je n’écris que très rarement des commentaires même si je lis chacun de vos articles. Mais ton article fait écho à ce qui se passe en moi en ce moment… Ce besoin de nature. L’appel de la marche. L’appel du sauvage. De l’instinct. Du souffle. Tes mots justes résonnent en moi… Font sens. Comme si nous étions sur la même fréquence… Bien que j’écrive aussi sur mon blog, développer mes ressentis, mes réflexions personnelles par écrit est un exercice fort difficile. Peut-être trop intime pour moi. Peut-être que je me dévoilerais trop. Comment être juste ? Comment doser ? Comment aller à l’essentiel ? Comme tu le fais. Merci…

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    • Bonjour Laurence, un plaisir de te lire 🙂 On ressent cet appel à travers tes mots. Partager des émotions et des ressentis, c’est pour moi comme une bouffée d’oxygène. Je ne le faisais pas (ou pas autant) au tout début du blog ; mais j’ai pris confiance, pris du plaisir aussi. Un peu comme un peintre augmentant sa palette de couleurs, j’ai développé mon registre d’écriture me laissant la latitude de puiser dans le registre émotionnel et philosophique… et c’est finalement celui que j’aime le plus et dans lequel je me sens le plus à l’ire pour écrire !

      En tout cas un tout grand merci pour ton message et tes compliments qui visent juste (partager des ressentis, ce n’est jamais évident) et me font très plaisir.

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