« Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger » s’exclamait l’avare dans la pièce éponyme de Molière. Depuis que je traîne ma valise aux quatre coins du monde, j’ai constaté qu’il y avait deux catégories de voyageurs :

  • ceux pour qui manger consiste uniquement à remplir un besoin physiologique et qui donc, mangent pour vivre
  • et, ceux qui, comme moi, considèrent qu’expérimenter la cuisine locale est indissociable du voyage.

Que les choses soient claires…

Mon objectif ici n’est pas de porter un jugement de valeur sur les voyageurs qui préfèrent mettre à profit les cuisines des auberges de jeunesse, ou manger à petit prix et sans se poser plus de questions dans des chaînes de restaurant ou la pizzeria du coin.

À chacun sa manière de vivre le voyage.

Ceux-là seront peut-être prêts à gravir une montagne pour profiter d’un panorama fantastique que je manquerai sans doute, préférant flâner dans les allées d’un marché local à la recherche de nouvelles saveurs…

Mais, au travers de cet article, j’ai envie de vous raconter pourquoi la cuisine locale tient une place si importante dans ma philosophie de voyage et pourquoi je suis convaincue qu’elle apporte un plus aux explorateurs des saveurs !

  1. Manger local pour goûter l’histoire

    Laissez-moi vous révéler un secret : la nourriture parle ! Non, n’approchez pas l’oreille de votre tajine marocaine ou de votre authentique pizza napoletana. L’alphabet de cette langue secrète est composé de saveurs et de parfums. C’est donc avec le palais et le nez qu’il faudra apprivoiser ce langage.

    Au début, ce ne sera pas facile. Vous aurez l’impression de ne rien comprendre à toutes ces sensations nouvelles. Mais avec le temps… le safran de votre paella vous murmurera des histoires oubliées de l’antique royaume arabe d’Al Andaluz. Une autre fois, un plateau de sushis vous racontera l’histoire d’une île étrange sur laquelle les options en terme d’aliments étaient limitées et où la créativité a donné naissance à des mets subtils à 3 ingrédients seulement : poisson, riz et algues.

    Gastronomie, voyage, cuisine, manger local, street food
    Dans une « bodega », quand la nourriture chuchote l’histoire… © Karl Delandsheere
  2. Manger local pour sortir de sa zone de confort

    Attention, manger local, pour moi, ça ne signifie pas entrer dans le premier restaurant qui affiche fièrement, et souvent en anglais, qu’il sert LA spécialité locale. Je ne cours pas non plus les établissements étoilés du coin, où les chefs réinventent la cuisine. Non pas que je ne sois pas insensible à leur art, mais ce n’est pas l’objet de mes voyages.

    Ce que je cherche, c’est l’endroit où les locaux mangent et les plats que monsieur et madame tout le monde mangent depuis qu’ils sont enfants. Souvent, cela implique de sortir de sa zone de confort pour aller vers l’autre. On vous regardera peut-être bizarrement parce que vous êtes un touriste. Le menu sera peut-être incompréhensible. Les mets seront peut-être indéchiffrables pour votre palais. Mais après les premiers instants de malaise, l’expérience se transformera souvent en moments inoubliables.

    Je me rappelle avec nostalgie d’une soirée dans le quartier espagnol de Naples, habituellement plutôt déconseillé aux touristes (c’est un peu les quartiers de la mafia), dans un petit resto sans menu rédigé, où les assiettes de pâtes sont lancées sur les tables par les serveurs et l’addition se fait à la tête du client. Il nous a fallu deux tentatives pour oser nous attabler et profiter jusqu’au bout de la véritable pièce de théâtre qui se jouait autour de nous. Mais à ce jour, cela reste un de nos plus beaux souvenirs.

    Gastronomie, voyage, cuisine, manger local, street food
    Cuisiner et manger à même le sol en Thaïlande © Karl Delandsheere
  3. Manger local pour se rapprocher des locaux

    Favoriser un menu local, c’est aussi favoriser les échanges avec les locaux. Quand ils se rencontrent, il y a toujours un lien qui se crée entre celui qui prépare un plat et celui qui le mange. Tout comme les habitants des contrées que vous visitez seront généralement ravis de vous entendre bafouiller quelques mots dans leur langue, ils seront enchantés de vous voir goûter leurs spécialités.

    En mangeant comme eux, vous démontrez votre volonté de s’ouvrir à leur culture et votre respect pour leur mode de vie. Souvent, la dégustation d’un plat local sera prétexte à la discussion… et parfois, au fou rire devant votre réaction aux piments par exemple.

    Même si un plat ne vous plaît décidément pas et que vous ne pouvez pas le manger, le fait de l’avoir goûté sera généralement suffisant pour donner le sourire à celui qui vous l’a servi et créer un échange.

    Gastronomie, voyage, cuisine, manger local, street food
    Cours de cuisine improvisé dans une rue de Thaïlande © Karl Delandsheere
  4. Manger local pour soutenir l’économie locale

    On a tendance à l’oublier, mais chaque geste que l’on pose en tant que consommateur est un vote. Donner votre argent à des producteurs du coin plutôt qu’à des multinationales, c’est poser un geste fort pour soutenir l’économie locale. De même, manger dans la petite gargote du coin plutôt qu’au fast food de Ronald, c’est en quelque sorte rétribuer les habitants qui vous accueillent dans leur pays.

    Personnellement, cela me fait toujours plaisir de savoir que mon argent, même s’il s’agit d’une toute petite somme, profite aux communautés locales.

    Gastronomie, voyage, cuisine, manger local, street food
    Dégustation de beignets sur les klongs en Thaïlande © Karl Delandsheere
  5. Manger local pour se dépayser

    Enfin, goûter les spécialités du coin, c’est aussi sortir du quotidien. Vous projetez vos papilles dans un univers exotique de saveurs inhabituelles. Vous redécouvrez le sens des adjectifs sucré, salé, amer, acidulé et piquant.

    Je n’oublierai jamais la première fois où j’ai dégusté la fameuse salade de papaye verte ou Som Tam que l’on vous sert en Thaïlande. Moi qui m’attendais à une simple salade de fruits, j’ai découvert un nouvel horizon culinaire entre le piquant du piment, l’acidité du citron vert, le croquant de la papaye pas encore mûre et le croustillant des cacahuètes grillées.

    Street food dans les rues d’Istanbul © Karl Delandsheere
    Street food dans les rues d’Istanbul © Karl Delandsheere
  6. Manger local pour se créer des souvenirs inoubliables

    Bien après le voyage, une simple bouchée d’un mets découvert lors de votre périple suffit à vous ramener instantanément à l’endroit où vous l’aviez mangé et à vous faire revivre un tas de souvenirs. Un peu comme la fameuse madeleine de Proust. En mangeant local, vous n’avez pas seulement nourri votre corps, mais aussi votre esprit !

    Gastronomie, voyage, cuisine, manger local, street food
    Sorbet coco en cours de préparation en Guadeloupe © Karl Delandsheere

Alors, convaincu(e) ?

Si vous êtes plutôt du style à manger pour vivre que de vivre pour manger, tentez l’expérience lors de votre prochain voyage. Si vous avez peur des mauvaises expériences, renseignez-vous à l’avance sur les spécialités locales et leur composition. Encore mieux, si vous pouvez vous le permettre, réservez une visite guidée culinaire (food tour) à vivre une fois sur place.

Qui sait, peut-être y prendrez-vous goût et vous retrouverez-vous, comme moi, à choisir vos destinations pour leur cuisine avant tout !

Gastronomie, voyage, cuisine, manger local, street food, ©
Sur les plages de Malaga, on se régale de sardines grillées pour 3 fois rien © Karl Delandsheere

7 commentaires

  1. Moi je veux bien, mais sans les épices ! 😉

    Répondre
    • Là, je te suis totalement Gwendal ! Le piquant et mon estomac, ça fait deux (et ce n’est pas toujours évident partout…) !

      Répondre
    • Pareil ! Trop, c’est trop.
      Et à vrai dire, manger local, parfois, ce n’est pas bien bon !

      Répondre
      • Oui, c’est vrai : ce n’est pas toujours bon ! Mais ça fait des souvenirs et, parfois (souvent ?), lorsque l’on tente l’expérience de goûter des saveurs inconnues, on peut aussi avoir de bonnes surprises ! 😉

      • Exact, mais je suis une petite nature, je ne mange pas de volaille et on peut pas dire qu’en Asie ils n’aiment pas ça… Et parfois juste le lieu où je me trouve suffit à ne pas me donner envie de manger… Arff je rate peut-être plein de bonnes choses ! Mais je me rattrape comme je peux.

      • A nos yeux, le plus important, c’est de vivre le voyage comme on le sent : à son rythme, selon ses envies… Il n’y a pas « une bonne manière » de voyager. C’est sûr, la gastronomie fait partie de la découverte d’un pays, mais il n’y a pas que la street food… et il y a certaines régions du monde où l’on se sentira plus « en appétit » par les habitudes alimentaires que d’autres 😉

      • L’important reste avant tout de se faire plaisir ! Et bien sûr, si on ne peut pas/veut pas manger épicé, il ne faut pas se forcer 🙂 Heureusement il y a suffisamment de variété dans les cuisines du monde pour satisfaire tous les palais 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Pin It on Pinterest