Un sac sur le dos
Amandine

Pèlerinage de Shikoku. Trois syllabes. Trois semaines. Des centaines d’images, de paysages, de souvenirs… Après cette aventure finie trop rapidement, je prends enfin le temps de me poser et de poser par écrit mes sentiments.

Dans d’autres articles, je ferai un bilan de notre aventure, répondrai à mes inquiétudes listées dans l’article d’avant le départ et parlerai également plus en détail de l’aspect voyage avec un bébé. Je rêve aussi d’écrire un carnet de route, peut-être même sous la forme d’un livre…

Mais ici, maintenant, c’est d’émotions et de sensations dont je vais parler. Je vous emmène dans mes souvenirs…

Mon premier pèlerinage, ma première marche

Depuis notre précédent voyage au long cours en 2015, nous rêvions de marcher, longtemps, loin. C’est ce désir, couplé à notre amour du Japon, qui est à l’origine de ce projet.

Pourtant, il nous est toujours difficile de répondre à ces questions :

Pourquoi êtes-vous ici ? Pourquoi marchez-vous à Shikoku ?

Et ces questions, reçues des centaines de fois, c’est dès le premier jour, dès les premiers pas, que nous y avons été confronté·es.

Je nous revois sur le passage piéton qui sépare la boutique où nous venions d’acheter la tenue complète de parfait henro (pèlerin·e), du temple 1. Une vieille femme le traverse à nos côtés non sans dissimuler sa curiosité, particulièrement à l’égard de notre bébé. Elle nous guide jusqu’à l’entrée et je sens son doux regard sur nous alors que nous faisons nos premiers pas dans le premier temple. Où aller ? Par où commencer ? C’est d’un pas hésitant que je suis François tout en essayant de calquer ma démarche sur celle des autres personnes présentes. Les sens en alerte, j’essayais de tout capter : le son du gong, celui du vent dans les fleurs précoces des cerisiers, les prières comme des chants s’élevant vers le bleu des cieux côte à côte avec la fumée de l’encens… Je me sentais émerveillée, et perdue. Merveilleusement perdue. 

Enfin prêt·es à commencer le pèlerinage de Shikoku avec nos tenues de henro !

Lors de nos arrêts aux premiers temples, nous recevions beaucoup de marques d’étonnement et d’admiration devant notre démarche de marche en famille. Après avoir marché à peine quelques kilomètres… sur les 1.200 qui nous attendaient, je me sentais comme une fraudeuse, une impostrice. Comme recevoir des félicitations pour un exploit par encore commis… et que ne l’on réalisera peut-être jamais. Je répondais toujours « c’est le début, nous verrons bien. » Pas de fausse modestie. Juste l’envie de redescendre de ce piédestal où l’on me plaçait bien malgré moi pour retrouver la terre ferme. Celle où je m’ancre, pas après pas. 

Avec du recul, je ne vois pas cette modestie comme un présage de notre fin anticipée. La vie est ainsi faite, imprévisible. C’est ce qui la rend intéressante.

Première journée de pèlerinage

Des routes, des temples et des rencontres

Si je devais résumer mon expérience du pèlerinage de Shikoku en trois mois, je dirais : routes, temples, rencontres. Mais peut-être pas dans cet ordre-là. Peut-être rencontres, routes, temples. Oui, cela me parait plus juste.

Des rencontres

L’humain au cœur. De la marche. De la démarche. De tout. Toujours et encore l’humain. À travers les sourires, l’entraide, la générosité, les rires, l’enseignement… 

À notre retour du Japon, une de mes amies chères qui a suivi de très près nos aventures quotidiennes via nos Stories Instagram (toujours disponibles sur ce compte) m’a dit :

J’avais l’impression que chaque jour vous faisiez des rencontres encore plus belles que la veille. Qu’à chaque fois vous aviez l’impression d’avoir trouvé le summum de la gentillesse… tous les jours ! Vous aviez l’air en manque de mot pour décrire ces records de gentillesse tant ils s’accumulaient !

Oui, tant de gentillesse ! Des actes de pure bonté de pure générosité, jour après jour, encore et encore. Et le plus surprenant dans tout cela… c’est que cela continuait à nous surprendre ! Une femme qui nous offre à manger, un homme qui nous conduit jusqu’à un grand magasin pour acheter de quoi bander mon genou, un couple d’hôtes qui nous conduit de temple en temple pendant une demi-journée, un couple de pèlerin·es qui nous accompagne et ferme la marche alors que les douleurs aux genoux deviennent si fortes que l’envie d’abandonner me guette… Des gestes parfois insignifiants, ou si petits à leurs yeux, mais qui signifiaient tellement pour nous.

Ce sont toutes ces rencontres avec d’autres pèlerin·es, des Japonais·es et les hôtes chaque soir qui ont réellement donné son ton à ce pèlerinage. Un ton plein d’empathie, de prévenance et d’attention. Un ton où l’on tient à l’autre, même s’il nous est étranger. Un ton où la stèle a l’entrée de chaque temple prend tout son sens :

May peace prevail on Earth
(Puisse la paix triompher sur Terre)

Accueil chaleureux au temple 32

Des routes

Marcher, un pas après l’autre. Gauche, droite, bâton. Gauche, droite, bâton. La danse à 3 temps. La danse infinie qui par moment rempli mes pensées, envoutées par la rythmique agrémentée du son de la clochette suspendue à nos bâtons de pèlerin·e. La danse qui aussi se fait parfois oublier, absorbée par le paysage, une discussion animée où le regard émerveillé de mon bébé.

Le pèlerin de Shikoku, le Henro des bois

Des routes de toutes sortes : asphaltées, boisées, en pente, à plat, ombragées, calmes, animées, bruyantes, fréquentées, mystiques, infinies…

Je n’ai pas aimé de la même façon toutes les routes que nous avons empruntées. J’ai une grande préférence pour les sentiers paisibles, qu’ils soient perchés dans les forets de montagne ou zigzagants paisiblement le long du littoral.

Promenons-nous dans les bois… vers le temple 12
Vue brumeuse sur les montagnes de Shikoku

Je me souviens aussi de ces premiers jours de marche où, chaque soir, nous nous demandions si nous allions arrêter ou continuer. Chaque soir, l’épuisement de la marche était tel que nous nous sentions découragés… Découragement souvent diminué après un bon repas partagé avec d’autres pèlerin·es, qui connaissent eux aussi ces changements d’humeur. Et un découragement toujours complètement dissipé aux premiers rayons du soleil, nos pieds répondant avec joie à l’appel de la route. Cela nous a pris une dizaine de jours pour trouver notre rythme, nous sentir ancrés dans la route du pèlerinage de Shikoku. Dommage que les douleurs aux genoux soient venues prendre le relai alors que nous nous sentions (enfin) lancé·es… 

Des temples 

Parce qu’ils ont rythmé notre marche. Parce qu’ils nous ont donné des buts à atteindre et des rituels dans lesquels nous ancrer et inscrire nos pas, j’ai aimer découvrir les temples. Sur les 88 qui composent le pèlerinage de Shikoku, nous en avons vu 36 (moins un pour moi, qui ai manqué le temple 20). Si c’est à pieds que j’ai rejoint la majorité de ces temples, d’autres m’ont vue arriver en voiture, en train ou en bus, dans mes vaines tentatives de ménager mes genoux pour tenir la distance. 

Un temple, le ciel bleu et la nature… un sentiment de paix !

Tous ces temples… tous si différents, tant par leur architecture que par leur situation ou, tout simplement, l’expérience personnelle que j’ai vécue dans chacun d’eux : les rayons de soleil qui sont venus illuminer les fleurs de cerisier, le vent qui a fait danser les drapeaux colorés… et bien sûr, les rencontres que nous y avons faites.

Il m’est très (trop ?) difficile de répondre à la question que j’ai déjà reçue plusieurs fois : quel est ton temple préféré ? Moi qui n’ai pourtant pas vu tous les temples et ne devrais en élire un que parmi 36 plutôt que parmi 88… je me retrouve les yeux dans le vague, la bouche ouverte et les rouages de mon cerveau qui tournent à plein régime. Je ne sais pas si j’ai un préféré. Je sais que certains m’ont laissée plus indifférente (même si le mot est fort). Peut-être pas un préféré, mais des préférés… 

Mes 6 temples préférés (jusqu’ici !) 

Photo de famille devant la porte du temple 12
Au temple douze
Arrivée au temple 22
La pagode du temple 31
Drapeaux colorés du temple 31
Les statues du Bouddha Jizo, protecteur des enfants et des voyageur·euses
Vue depuis le temple 32
Dernière photo de famille au temple 36

Et plus encore…

Nos logements

J’ajouterai aussi, à cette liste de thèmes qui ont marqués et jalonnés ce pèlerinage, nos logements. Cela peut paraître anecdotique, mais ces chambres le temps d’une nuit (parfois plus) ont été nos maisons. Nous y avons posé nos sacs et notre fatigue pour repartir régénéré·es et gonflé d’une nouvelle énergie. Nous y avons vu notre bébé s’épanouir et se développer à une vitesse incroyable : en quelques jours, il a appris a appris à s’assoir seul et tenir assis, à ramper, à se mettre debout avec appui et à grimper une marche… C’est sûr que si nous étions resté·es deux mois au Japon, il aurait fini par apprendre à marcher, et deux mois de plus, à faire du vélo, de la bicyclette, voler… (cet enfant n’a aucune limite !).

Voici donc quelques uns de nos logements, ceux qui m’ont le plus marquée.

Le bain de mes rêves !
Bain traditionnel, un moment privilégié parent-bébé
Dormir au temple 26

D’autres moments spéciaux

Sur la plage d’Ohama Beach, premier contact avec l’océan
Torii sur un ilot à Ohama Beach
Petit train thématique sakura, fleurs de cerisier

Le pèlerinage de Shikoku, entre souvenirs et rêve 

Voilà, posés avec autant de maladresse que d’émotions, mes premières sensations et mes premiers souvenirs du pèlerinage de Shikoku. J’ai encore beaucoup à en dire, d’autres articles sortiront prochainement… et j’ai l’impression que tant que j’écrirai sur ce voyage, il ne sera pas totalement terminé. Je garde toujours une petite porte ouverte vers les chemins de Shikoku, en attendant d’y retourner un jour… 

Bientôt, je vous parlerai des aspects plus concrets du pèlerinage de Shikoku. Si vous avez des questions, n’hésitez pas à les poster ici en commentaire, j’y répondrai dans les prochains articles.

Dernière vue sur l’océan

Pour poursuivre la lecture

2 réponses à “Pèlerinage de Shikoku : impressions et coups de cœur”

  1. C’est vraiment un beau voyage que vous avez fait.
    Et c’est drôle, ma fille devait avoir sensiblement le même âge, car c’est aussi au Japon qu’elle a appris à savoir seule et à tenir assise.

    Je me demandais si vous parliez japonais, au moins un peu ? Car autant la présence d’un bébé a suscité beaucoup d’émotions lors de notre propre voyage, autant le fait qu’on puisse répondre en Japonais a créé ensuite de beau moment.

    Et rien à voir, mais du coup avec votre histoire de couches, j’ai discuté avec une amie qui y vit. En fait il faut aller dans de vrais supermarchés uniquement pour que ce soit garanti et il y en a dans les konbini loin des supermarchés. Et c’est vrai qu’à Tokyo nous en achetions en konbini alors que dans le Hokkaido on en achetait en supermarchés (nous étions en appartement).

    • Merci pour ton message 🙂
      Nous avons suivis un cours de Japonais… mais j’avoue que mon niveau est très très bas, François se débrouille mieux que moi (aussi dans la lecture). Ce qui est drôle, c’est que nous avons croisé beaucoup de Japonais, surtout dans les logements minshuku, qui avaient un petit boîtier de traduction qui fonctionnait… pas si mal !

      Pour ce qui est des couches, nous avons été surpris sur place, car nous avions eu l’echo qu’on pouvait les trouver en combini… nous avons regardé à chaque fois, plusieurs fois demandé aux employés, jamais trouvé ! Mais peut-être (sûrement) que la situation a Shikoku n’est pas la même qu’a Tokyo.

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