La culture maya est toujours vivante au Guatemala. On la retrouve dans les habitudes vestimentaires, les couleurs des maisons et des tombes, les coutumes, l’artisanat… et les croyances.

Approcher les croyances d’une culture différente est toujours riche en émotion : c’est lever le pan d’un voile vers un autre monde et, surtout, une autre façon de voir le monde. Tout bascule, on perd ses repères, enlevant les lunettes de sa propre culture pour essayer de saisir celles d’un autre peuple.

Chichicastenango, un bain de culture maya

La culture maya embaume l’air de l’Amérique Centrale. Immatérielle, on la sent pourtant là, bien présente. On la devine se dissimulant dans tel mouvement, tel art, telle tradition… Mais c’est à Chichicastenango que je me suis le plus sentie baignée (pour ne pas dire noyée) dans la culture maya au Guatemala.

Chichicastenango, le village du marché

Chichicastenango est un petit village situé à environ 2 h de route d’Antigua Guatemala. Réputé pour son marché, ce village ne se limite pourtant pas à son artisanat ou ses fruits colorés : Chichicastenango possède également une église unique en son genre, témoignage du syncrétisme entre le christianisme et la religion maya.

J’ai pris autant de plaisir à visiter cette église qu’à découvrir le parc de Quinta da Regaleira au Portugal. Leur point commun ?

Le symbolisme, les sens cachés… et les croyances.

Chichicastenango en pratique :

Jours de marché : jeudi et dimanche

L’église de Chichicastenango

Encerclée par le marché qui semble vouloir l’envahir par ses bruits et ses odeurs, l’église de Chichicastenango a été construite sur un ancien temple maya, dédié au soleil, à la vie et au jour, face à un autre temple, lié quant à lui à la lune, la mort et la nuit.

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La belle église de Chichicastenango

Les conquistadors, dans leur volonté d’effacer les traces de la culture présente pour imposer le christianisme, ont donc construit l’église du village sur les fondations du temple maya. Mais, malgré leurs efforts pour convertir les habitants, les croyances originelles ne furent jamais perdues. Ainsi, certains Guatémaltèques, aujourd’hui encore, vénèrent tout autant les saints catholiques et la croix du Christ que les esprits mayas.

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Cérémonie maya devant l’église, pour une bonne récolte

Et c’est exactement ce que l’on retrouve dans cette église : le choeur et les bas-côtés sont dédiés au culte chrétien alors que le centre (la nef) est destiné aux prières mayas. Plusieurs autels se suivent, en commençant par celui dédié aux enfants, suivis par la fertilité, le couple, le travail… C’est un chemin de vie qui s’ouvre sous nos yeux, partant du fond de l’église vers l’entrée; un chemin tourné vers le futur.

L’ambiance de cette église est incroyable, avec ces dizaines de bougies donnant une atmosphère mystique, renforcée par une brume d’encens qui embaume l’air… Magique ! Malheureusement, il est interdit de prendre des photos dans l’église : vous devrez vous y rendre vous-même pour la découvrir !

Mais la présence des rites mayas ne se limite pas à l’intérieur de l’église : déjà sur le porche, des guides spirituels s’adressent aux dieux, balançant de l’encens, posant des bougies et des offrandes de fleur.

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Porche de l’église et ses offrandes de bougies, d’encens et de pétales de fleurs
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Feu rituel maya au pied de l’église de Chichicastenango

Site cérémoniel Pascual Abaj

L’église du village n’est pas le seul lieu de culte maya du village. Sur la montagne d’en face, un site cérémoniel a été retrouvé. Pourquoi l’avoir construit en dehors de la ville ?

Pour la puissante énergie que dégage le lieu.

Pascual Abaj signifie, en langue maya “pierre de sacrifice” : c’est le site rituel où l’on vient faire les offrandes aux dieux pour les nourrir et leur demander des faveurs.

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Autel cérémoniel maya principal de Pascual Abaj

Les croyances mayas en 5 points

Impossible de vous faire un exposé complet sur les croyances mayas : d’une part, je n’ai fait que les effleurer et, d’autre part, un article ne suffirait pas pour parler de ce sujet.

Ainsi voici cinq points qui ont retenu mon attention.

  1. Popol Vuh, la « bible Maya »

    Le Popol Vuh est une compilation des mythes, légendes et histoires du plus grand peuple maya guatémaltèque, les Quichés. Polol signifiant « réunion » ou « maison commune » et «Vuh» « papier » ou « livre », le Popol Vuh est surnommé la « bible maya » à tort, car ce n’est qu’un livre parmi d’autres.

    Le Popol Vuh rassemble une série de traités expliquant l’origine du monde et de la civilisation, ainsi que différents phénomènes naturels…

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    Images du Popol Vuh peintes sur les murs de la maison communale de Chichicastenango

    La première version de ce livre daterait de 1550, et aurait été écrite par un indigène. Celui-ci aurait, après avoir appris les caractères latins, retranscrivit en langue maya la mémoire orale transmise par un ancien de son peuple. Mais la première trace concrète de l’ouvrage provient du père Ximénez (1701), qui a traduit en espagnol ces mythes mayas.

    Ainsi, le Popol Vuh nous apprend que les dieux créèrent le monde, les animaux puis l’homme. Après deux essais infructueux en créant l’homme à partir d’argile puis de bois, ils firent une troisième tentative… Et la troisième fut la bonne !

    Révélation : l’homme provient ainsi… du maïs !

    La mission des hommes sur terre ? Vénérer et alimenter les dieux, avec l’énergie cosmique présente dans le sang.

    Petit détail intéressant : l’on retrouve également dans le Popol Vuh le mythe du déluge.

    Les hommes créés par les dieux n’atteignirent pas les objectifs qui leur avaient été fixés, à savoir être capables de parler, prier, suivre le rythme du temps et, surtout, honorer les dieux. Ainsi, les créateurs décidèrent de provoquer une grande inondation pour la terre et recommencer une nouvelle création.

    Cela sonne familier, non ?

  2. Chaman vs guide spirituel

    Ici, on ne parle pas de « chaman », mais de guide spirituel. Le terme chaman est plutôt utilisé en Amérique du Sud car, ici, il est associé aux personnes liées aux forces obscures, à la magie noire, aux sorciers…

    Mieux vaut donc se confier à un guide spirituel !

  3. Du sacrifice aux offrandes symboliques

    Le sang, nourriture divine… c’est bien, mais c’est salissant et (un peu) douloureux !

    La culture maya a trouvé ainsi une voie pour continuer à faire vivre ses croyances tout en se modernisant, grâce à la symbolique. Par exemple,

    plutôt que d’offrir un coeur humain, l’on donne aux dieux une bougie.

    Pratique, non ?

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    Autel de cérémonie maya

  4. D’une croix à l’autre

    Les autels mayas possédaient déjà le symbole de la croix, avant l’arrivée des Colons et du christianisme (depuis l’époque maya postclassique). Mais ce ne sont pas exactement les mêmes, la croix maya possédant deux axes se croisant exactement à leur centre.

    La croix maya comporte une notion de dualité, mais aussi un lien aux mathématiques et à l’astronomie (lien avec les quatre points cardinaux).

  5. Le Nawal

    Dans mythologies méso-américaines, le Nawal (ou nahual, nagual) est un élément très important. Étymologiquement parlant, nahuatl signifie « occulte » ou « caché », et représente ainsi « l’intérieur » ou l’esprit d’une personne, son lien vers le sacré.

    Chaque personne à sa naissance (selon des calculs basés sur le calendrier maya) est liée à l’esprit d’un animal, responsable de le guider et de le protéger. Un alter ego animal en somme (bienvenue dans le monde de « la Boussole d’Or » !).

    Au-delà de l’aspect « appariement avec un animal », le Nawal donne les principaux traits de la personnalité de la personne, ses tendances positives et négatives, ainsi que des pistes pour sa destinée.

    À l’époque précolombienne, chaque nouveau-né était présenté à un guide spirituel maya. Celui-ci calculait le Nawal et la destinée de l’enfant, lui attribuant son futur métier : agriculteur, guerrier, guide spirituel… L’enfant suivait ainsi sa voie et, à ses dix ans, était mis en formation auprès de son corps de métier.

    Ne pas confondre « Nawal » et « nahualismo », qui est lui plus magique et réservé à une élite : celle-ci possède la capacité de se transformer en animal ou éléments de la nature, et de pratiquer des actes de sorcellerie.

Ma rencontre avec un guide spirituel maya

La sagesse qui émane des croyances mayas m’a beaucoup touchée. Intriguée, je voulais connaître, moi aussi, mon Nawal.

Je me mis en quête d’un guide spirituel : à Iximche d’abord, au lac Atitlán ensuite… mais sans succès. Ce n’est qu’à Chichicastenango que j’ai pu assouvir ma curiosité et rencontrer un guide spirituel… Enfin, une guide spirituelle !

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Le jour où j’ai rencontré un guide spirituel maya

Une rencontre spéciale

C’est elle, nous dit-on. J’ai devant moi une petite femme rondouillarde d’une cinquantaine d’années à l’air sérieux, malgré son sourire accueillant. Ses yeux semblent me transpercer de part en part.

Dans une langue maya, notre guide s’adresse à la femme, qui a déjà compris de quoi il s’agit; elle nous fait signe de la suivre. Des masques cérémoniels nous observent depuis les murs tandis que la guide spirituelle cherche notre Nawal dans son livre.

L’attente me parait si longue. Que va-t-elle découvrir ?

Sans un mot, elle s’approche de moi et se penche pour me montrer son bout de papier. 3 mots et 3 chiffres y sont griffonnés.

– Tu es Q’Anil, m’annonce alors la guide spirituelle

– Ha ?…

– C’est bien, ajoute-t-elle. Q’ani c’est la fertilité, la vie.

– D’accord.

– Mais tu as le 3 de Q’Anil. 3 c’est faible. Il faut renforcer ton Nawal.

Ce que j’apprends ensuite sur moi et mon Nawal me laisse sans voix.

Lis, insiste notre guide. Lis ton destin. C’est bien, c’est bon.

Je lis, me ne parviens pas à lire à haute voix, tant l’émotion m’envahit. Ma gorge se serre. Je n’en reviens pas.

Mais la guide comprend. Elle sait. Je suis Q’Anil, je suis intuitive, émotionnelle. C’est normal.

Me laissant à mes émotions, c’est au tour de François de passer à l’analyse… Je ne suis pas au bout de mes surprises. Le premier trait dévoilé ? L’énergie… et la difficulté à la canaliser. Pour l’un des plus grands hyperactif que le monde ait connu, oui, cela correspond assez bien !

Purification et rite maya

Découvrir son Nawal n’est pas tout. Maintenant que l’on a mis le doigt sur ses faiblesses, il faut les redresser et renforcer les bons côtés de son Nawal pour éviter de tomber dans ses mauvais travers.

Notre guide nous assied devant l’autel et se met à psalmodier dans sa langue. Je ne comprends pas un seul mot, mais je sais qu’elle s’adresse aux forces de la nature pour me protéger et m’aider. Je me sens pleine de reconnaissance pour cette inconnue qui semble pourtant me connaître…

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François en pleine cérémonie maya

À chacun son Nawal… et son animal

Je ressors de là un peu chamboulée. Cela s’est passé si vite, tout en étant chargé en informations et en émotions. Je sens que je dois encore digérer cette rencontre riche en mystères.

En marchant avec notre guide (le guide classique, pas la guide spirituelle !), je me rends compte que je n’ai pas découvert quel était l’animal associé à mon Nawal.

Je me mets à rêver. Serait-ce un oiseau ? Un animal marin ? Un mammifère ?

Notre guide, avec un petit sourire coincé, me dit que mon Nawal est associé au… ver de terre. François ne peut retenir le fou rire qui le prend.

Un ver de terre ?

Après un moment d’arrêt, je me dis que mon Q’Anil m’aura déjà appris une leçon : l’humilité !

Quant à François, c’est lui aussi un animal rampant, mais un peu plus prestigieux, surtout pour cette culture où il symbolise à la fois le pouvoir, la force, la santé, l’intelligence, le lien entre les mondes (souterrain et terrien) : le serpent.

Quel beau couple de rampants nous formons !

Révélation Maya

Après quelques recherches sur le net, nous avons trouvé un site pour calculer soi-même son Nawal. C’est sans doute moins « profond » comme analyse, mais cela reste intéressant ou amusant, selon le point de vue.

Nous nous sommes ainsi amusés à le faire pour certaines de nos connaissances. Et nous avons été ébahis par les Nawals qui en sont ressortis, tant les descriptions correspondant souvent aux mots que nous aurions nous-mêmes utilisés pour décrire ces personnes !

Nos bonnes adresses pour découvrir Chichicastenango

  • Agence de tourisme

    Guinness Travel : Pour visiter Chichicastenango en une journée depuis Antigua, nous vous recommandons cette agence de confiance les yeux fermés. Très professionnels, les guides et chauffeurs de cette agence nous ont permis d’approcher la culture maya, répondant à toutes nos questions avec plaisir et efficacité. Ce n’est pas l’agence la moins cher d’Antigua, mais sûrement l’une des plus compétentes. Un service irréprochable !

    MAJ septembre 2017 : malheureusement, nous avons appris il y a quelques jours que Carlos, le propriétaire, est décédé dans un accident de la route en février dernier, la société n’a pas été reprise.

  • Guide spirituel

    Pour rencontrer un guide spirituel, afin d’approcher les croyances mayas de façon plus concrète, de connaître votre Nawal ou se faire aider pour adresser une prière aux divinités mayas, je vous conseille de vous adresser à la guide spirituelle (ou à son mari) qui habitent la maison au pied de la montagne de Pascual Abaj.

Et vous, avez-vous déjà plongé dans les mystères de la culture maya ? Des expériences à nous partager ?



27 commentaires

  1. Ahahah c’est drôle en lisant ton introduction au post j’ai tout de suite eu en tête le ver… Ma première impression était juste et pourtant je connais rien au nawal. Je dois avoir une bonne intuition aussi 😉

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    • Haha Rachel ! Ou alors tu scernes bien ma personnalité ! 😉 … 🙁 !

      Répondre
      • Ahaha même pas…j’aurais pas pu faire le lien entre les deux si cela peut te rassurer 😉

  2. Génial ton article. Une de mes prochaines destinations 🙂

    Pour ce qui est de ton animal spirituel rassure toi on en a plusieurs 🙂 et un ver de terre est très utile pour la terre et le cycle de la nature donc 🙂 🙂 🙂

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    • Aha, c’est ce que je me suis dit aussi Namaste Soisic 😉

      Et en cherchant un peu, j’ai vu que la majorité des sites en la matière lient plutôt mon Nawal au lapin (c’est plus mignon déjà ^^).
      Par contre, dans tous les cas, niveau animal impressionnant, il y a mieux… 😉

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  3. Article super intéressant! Je ne connaissais pas du tout la culture maya et elle me fascine déjà grâce à ton article. Je n’ai plus qu’une idée en tête: découvrir mon Nawal! D’ailleurs, pourriez-vous m’envoyer le site sur lequel vous vous êtes amusés à calculer ceux de vos connaissances pour satisfaire ma curiosité? 😀 François et toi avez du vivre une expérience hors du commun!

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    • Merci Julie pour ton message, cela me fait très plaisir de te lire 🙂

      Oui, c’était vraiment une expérience unique dans ce voyage que nous sommes en train de vivre. Un moment hors du temps et de la réalité… Je ne voulais pas tomber dans ces cérémonies « vitrines » pour les touristes, et je suis ravie d’être tombée chez cette petite madame qui dégageait une force et une présence impressionnante.

      Répondre
  4. Bonjour,

    Ah merci pour ton très bel article!
    Je suis fascinée depuis toujours par la culture Maya, j’ai de nombreux livres à ce sujet!
    J’aurai adoré vivre ce que tu as vécu et découvrir leur univers, c’est tellement fascinant!
    Ces gens voient ce que nous nous ne voyons pas!

    Tu as le lien du site pour découvrir son Nawal ?

    Merci

    Répondre
    • Merci Laura pour ton message, ravie que l’article t’ait plu autant que l’expérience nous a enchantés ! 🙂

      Pour ce qui est de calculer son Nawal, si tu cherches « nawal maya » sur Google, c’est le cinquième résultat (« Maya Tecum »).

      Bon amusement 😉

      Répondre
      • Ah chouette…je vais de ce pas découvrir mon Nawal…
        Merci Amandine pour toutes ces images de voyage….

      • Avec plaisir Béa 😉 Merci pour ton message, cela me fait plaisir de te lire et nous touche de savoir que tu nous suit 🙂

        J’espère que tu auras une belle découverte en trouvant ton Nawal 😉

        Bises du Belize !

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