La Grande Odyssée ne serait rien sans ces hommes et femmes passionnés, j’ai nommé : les mushers. Qui sont-ils, quelle est leur vie, comment devient-on musher … ? Autant de questions qui me trottaient en tête en découvrant les coulisses de La Grande Odyssée Savoie Mont Blanc.

Un musher, qu’est-ce que c’est ?

Pour certains, c’est la première fois que vous entendez ce mot. Pour d’autres, vous avez vaguement en tête quelqu’un qui crie « MUSH ! » à ses chiens, comme on crie « HUE ! » à un cheval …

Pour le point culture

Je me suis posé la question : « Mais d’où vient ce mot étrange « musher » ? ». Et puis j’ai trouvé : mais c’est bien sûr « la faute » aux Canadiens ! A l’origine, les conducteurs de traîneau criaient, pour motiver leur meute, « marche » … Et celui-ci s’est peu à peu transformé avec l’anglais en « mush » . Elémentaire mon cher … !

 

ça glisse à Savoie Grand Revard !
En pleine course dans un paysage Grand Nord

Seconde petite info du jour : Henry Kam, créateur de La Grande Odyssée, m’a fièrement appris que non, ce n’étaient pas les chevaux les premiers animaux dans l’Histoire de l’Humanité à avoir transporté des hommes, mais bien les chiens, dans le Grand Nord ! Chiens 1 – Chevaux 0 !

Du mythe à la réalité

Pendant longtemps, les mushers avaient très mauvaise réputation : ils étaient perçus comme des solitaires, des marginaux vivant avec leurs dizaines de chiens, des gens bourrus, barbus et bruyants. Grâce à La Grande Odyssée ce portrait peu engageant a pu être relayé aux oubliettes, au profit d’une approche plus nuancée et positive.

Être musher, c’est avant tout être passionné : passionné par les chiens, la neige, le sport, le Grand Nord, l’Aventure …

Être musher, c’est également adopter une certaine philosophie : j’ai été frappée par l’entraide et le fair-play dont font preuve les mushers entre-eux. Cela m’a donné le sentiment que cette course, c’est avant tout une histoire entre leurs chiens et eux : arriver jusqu’au bout, ressentir le plaisir de ce lien à leurs chiens … La compétition face aux autres ne vient finalement que bien après tout cela.

Participer à ce genre de course, c’est l’occasion de rencontrer des personnes partageant les mêmes passions. Plus que des adversaires, ce sont des personnes avec qui échanger conseils et anecdotes de mushers.

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Comment devient-on musher ?

Suite aux différents échanges que j’ai pu avoir avec les mushers, j’ai été bien surprise de découvrir que souvent, ce n’était pas un projet de vie bien planifié et construit :

« Il n’y a pas d’école pour ça, on commence toujours avec un chien. Après on va chercher le frère la semaine suivante. Puis tant qu’à avoir deux chiens, on se dit pourquoi pas 4. Puis finalement, 4 ou 6 ce n’est pas tellement plus de travail … Et c’est comme ça qu’on arrive à 15 … Et puis on se dit « autant en avoir encore un petit peu plus » ! » (Eric Château)

C’est le cas d’Eric Château qui possède à présent 15 chiens.

D’autres sont tombés dedans quand ils étaient petits, telle Sandrine Muffat qui, par son amie d’enfance, à découvert l’univers d’Isabelle Travadon, une grande musheuse, pour qui elle devint handler avant de voler de ses propres ailes.

Les athlètes bipèdes

Du sport, être musher ? « Mais il suffit de se laisser tirer sur le traîneau » me direz-vous … Détrompez-vous ! Être musher est un véritable challenge, et d’autant plus à La Grande Odyssée, course parmi les plus techniques au monde !

« C’est éprouvant pour les chiens et pour les musheur, surtout La Grande Odyssée, que l’on compare à faire 6 fois le Mont Blanc ! » (Tom, fils et handler d’Eric Château)

 

Cela demande beaucoup de temps et d’entraînement pour devenir musher, et avant chaque grande course, les athlètes se préparent tout spécialement. Par exemple, Eric a suivi un entraînement cardio et renforcement musculaire pendant 6 mois, avec un coach sportif 2 fois par semaine. Sandrine quant à elle fait du sport 5 fois semaine pour se préparer, principalement du VTT.

Courir la nuit ?

La moitié des courses de La Grande Odyssée se passe de nuit. Est-ce plus difficile pour autant ? J’ai posé la questions aux deux mushers, qui ne semblent pas perturbés par l’obscurité. Les chiens ont des sens plus développés que les nôtres, ils se repèrent mieux à l’odeur. Et les mushers n’ont pas peur, équipés de leur lampe frontale.

[testimonial company= »Musheuse » author= »Sandrine Muffat » image= »https://www.unsacsurledos.com/wp-content/uploads/2014/01/DSC07126.jpg »] Je préfère courir la nuit et mes chiens aussi, on a l’impression d’être seuls au monde et c’est génial. Il faut être concentrée qu’il fasse jour ou nuit afin de ne pas louper les panneaux de direction. La nuit, il y a souvent plus d’animaux sauvages, même si je ne les vois pas, mes chiens les sentent et sont tous excités, c’est sympa ! [/testimonial]

 

La Grande Odyssée de nuit
La Grande Odyssée de nuit

Portrait de musher : Sandrine Muffat

Sandrine avant la course aux Gets
Sandrine avant la course aux Gets

Sandrine dénote dans cet univers masculin, où elle prend sa place avec son attelage rose. Difficile de savoir pourquoi peu de femmes deviennent musheuses.

« C’est un sport très physique, avec beaucoup de manutention, dans des conditions parfois difficiles avec le froid … ».

Mais malgré la sous-représentation de la gente féminine, Sandrine ne sent pas de différence de traitement à son égard, et c’est tant mieux.
Cette musheuse de 27 ans a courru pour la première fois en 2011 et a commencé à l’âge de 15 ans. Mais Sandrine n’est pas que musheuse : en dehors des courses, elle travaille dans la restauration.

Interview de Sandrine Muffat

– Qu’est-ce qui te plaît dans ce sport ?

Ce qui me plait dans ce sport, c’est le partage de l’effort avec mes chiens.

– Quelles sensations cela te procure-t-il que de conduire un traîneau à chiens ?

C’est une vraie sensation de liberté de partir avec mes chiens et mon traîneau.

– Quelles sensations vis-tu pendant la course ? Avant le départ/pendant/après ?

Avant le départ, j’ai hâte de découvrir de nouvelles pistes. Pendant la course, je profite de chaque instant et essaie de faire le maximum. Après la course, j’essaie de me remettre en question afin de voir si j’ai bien fait ou non, et qu’est ce que j’aurais dû faire pour mieux faire !

Sandrine et ses chiens
Sandrine et ses chiens
– Si tu devais qualifier ta relation avec tes chiens en quelques mots ?

Ma relation avec mes chiens reposent sur l’amour et la confiance.

– Peux-tu me donner le nom de ton/tes chiens de tête et chef de meute. Comment as-tu choisi ces noms ?

Mon chien de tête s’appelle Finnmark, c’est le nom d’une région en Norvège, il y a une célèbre course qui se déroule là-bas la « Finnmarkslopet », j’ai eu l’occasion d’être handler en 2010 sur cette course et c’est un merveilleux souvenir. Ma chienne de tête s’appelle Kenya en souvenir d’un superbe voyage passé en famille dans ce beau pays.

– D’où te vient ton premier chien et comment s’appelle-t-il ?

Ma première chienne vient de l’élevage d’Isabelle Travadon (France) et s’appelle Cheyenne, c’est avec cettechienne que tout a commencé et plusieurs des chiens de mon attelage sont ses fils/filles.

– Quelles sont tes prochaines courses prévues ?

Les Saisies (le week-end prochain), puis Championnats de France et Championnat du Monde de pur-race.

Histoire de musher

Dans le cadre de La Grande Odyssée, les mushers ont chacun partagé une de leur plus belle histoire, voici celle de Sandrine et de son chien Finnmark.

Sandrine Muffat et Finnmark

« Finnmark est un chien exceptionnel, qui s’est révélé dès ses 15 mois être un excellent chien de tête, le digne petit-fils du grand Dallas !

Finnmark faisait partie de mon attelage lors de la Femundlopet 400 ( Course en Norvège, ndlr) en 2012. Lors de cette course, longue distance de 400 kms, il était âgé de deux ans. Ces compétitions sont toujours très intenses pour les chiens, on leur demande de courir longtemps avec peu de repos, et les étapes doivent s’enchaîner pour franchir au plus vite la ligne d’arrivée.

Alors que nous n’étions plus qu’à 200 kms de l’arrivée, la fatigue se faisait ressentir sur mon fameux Finnmark : il s’endormait en courant et se réveillait lorsque la truffe touchait le sol. J’étais hors de moi de l’avoir emmené sur une telle course, il n’avait pas demandé à être là, lui. Je ne savais pas si je devais abandonner ou non, car voir « mon petit chéri » dans cet état me faisait culpabiliser. Puis, au point de contrôle suivant, il me montra qu’il voulait aller jusqu’au bout de l’aventure. Alors nous avons continué, franchi une étape, puis une seconde et enfin, la dernière ! Et nous avons passé la ligne d’arrivée…ensemble ! 
Il l’a fait, il l’a fait pour moi ! Il était fatigué mais il voulait me montrer qu’il était capable de le faire.

Certaines personnes vous diront qu’un animal ne partage pas ses sentiments, que nous ne pouvons pas voir ce qu’il ressent. Nous, mushers, nous lisons dans chacun de nos chiens comme dans un livre ouvert et lorsqu’ils vous prouvent leur amour, comme dans cette histoire, c’est la plus belle des récompenses et cela vous donne encore plus envie de partager votre vie avec eux à travers toutes ces aventures ! »

Moment complice avec un Husky de sibérie
Moment complice avec un Husky de sibérie

 

Découvrez prochainement la suite de cet article, avec un point sur les handlers, les vétérinaires, Eric Château et surtout les athlètes de tous poils : nos amis les chiens !

 

8 commentaires

  1. Super sympa d’en savoir un peu plus sur les mushers et la Grande Odyssée! Ce sport me fait rêver depuis longtemps…J’ai d’ailleurs reçu à Noël un bon pour une demi-jounée d’initiation à la conduite de chiens de traîneaux dans les Vosges. je suis excitée comme une puce! 🙂

    Tu me donnes très envie d’aller faire un tour ä la Grande Odyssée l’année prochaine, je note!

    A bientôt

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    • Contente que cet article t’a plu Laurène ^^ Je me suis vraiment passionnée pour l’univers de cette course, et je voulais à la base n’écrire qu’un seul article « portraits de mushers », mais je me suis vite rendue compte que je ne pourrais pas « tout vous dire » en un article (même là encore, j’ai du faire des coupes drastiques ! 😉 ).

      Super ton cadeau de Noël, tu as de la chance : un chouette cadeau et surtout des personnes qui te connaissent bien et savent comment te faire plaisir 😉 Je comprends ton excitation ! Je n’ai aps pu en faire lors de ce séjour-ci, mais j’ai déjà pu faire du chien de traîneau ) Québec, et c’est un de mes meilleurs souvenirs de mes 6 mois sur place !

      Ravie de contaminer tout le monde avec mon amour pour les chiens de traîneau et La Grande Odyssée 😉 C’est une course qui mérite à être plus connue.

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  2. Superbe ton article et tes photos. Ca me rappelle quand j’étais au Canada. A Whistler (près de Vancouver), j’avais pu faire du chien de traineau (j’avais même fais le musher) et c’était excellent. Puis j’en ai fais à nouveau à Yellowknife, à 01h00 du matin en regardant les aurores boréales et là c’était le pieds total…

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    • Merci Alaa ^^
      Waw ! Du chien de traîneau & des aurores boréales ? Super combo ! J’adorerais vivre une expérience comme celle-là !

      J’en ai déjà fait aussi au Canada, mais dans la région de Québec ; et j’aurai aimé en faire ici en Savoie, dans la montagne, voir ce que c’est que de devoir pousser le traîneau dans les montées et d’encourager les chiens à tirer ! L’adrénaline quoi 😉

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  3. Salut Amandine,
    et merci de tout nous dire:)
    Je ne connaissais pas du tout cet univers, c’est une petite incursion franchement originale que tu nous offres.

    Ça doit pas être facile de tomber là dedans à un âge avancé. Je trouve le glissement de 2 à 16 chiens un peu… pas évident à partager au début, j’imagine. « Comment voyager en couple avec 16 chiens ? »
    Il me semble que tu commences ici à répondre à la question et à réparer mon trouble – vivement la suite, mais je suis un garçon inquiet. Depuis quelques temps mon père se transforme en papy à chats, il se rase encore, mais est par contre assez velu. Est-ce grave docteur ?

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    • Salut Sirhom, toujours un plaisir de te voir par ici 😉
      Contente que la balade te plaise ; ça fait au total 3 articles uniquement sur La Grande Odyssée … j’espère ne pas avoir lassé les lecteurs, mais moi j’ai adoré et j’avais tant de choses à vous raconter ! 😉

      Tu m’as fait rire (comme souvent ?!) : »comment voyager en couple avec 16 chiens » … heu, pour nous c’est pas trop au programme, si quelqu’un à une réponse, bienvenue ici pour la partager ! 😉
      J’adore les chiens … mais j’aime encore plus voyager. C’est pourquoi nous n’avons pas d’animaux (et puis, en appartement, je trouve cela un peu triste, surtout que ce sont les grands chiens qui me plaisent le plus).

      N’empêche, les musheurs, ils y arrivent, à voyager, mais dans le cadre de leur passion. Ainsi, le dernier musheur dont je parle (dans le second article), il est parti avec ses chiens en Tchéquie, en Norvège … C’est toute une organisation, une remorque spéciale pour les chiens, des arrêts toutes les 4h pour les sortir … mais ils y arrivent ! 😉

      Par contre, je partage tes inquiétudes concernant ton père : j’ai pu remarquer que la grande majorité des musheurs étaient barbus. Si j’étais toi, je guetterais les prochains signes … Et si tu vois un traîneau appraître et qu’il commence à crier « MUSH ! », alors il sera tant de t’inquiéter sérieusement ! ^^
      Et si c’est trop tard pour lui, tu peux toujours lui donner le lien vers l’article suivant, avec les conseils pour entraîner ses chiens de traîneau, ça peut toujours servir ! 😉

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  4. Magnifique article, merci. Moi qui me demandait s’il y avait des femmes, je suis agréablement surprise. Ma nièce est en ce moment en Norvège dans une famille de mushers qui font des courses ce mois-ci. Elle nous fait rêver notre bourguignonne. Merci.

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    • Merci Corinne pour ton message 🙂 Oui, moi aussi j’ai été heureuse de voir des femmes participer à ce genre de course. Et cette année encore, alors que nous étions en roadtrip dans les Montagnes du Jura (où nous avons pu faire du chien de traineau), on m’a dit qu’il y avait de plus en plus de femme musheuse !

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