Un sac sur le dos
Amandine
Gabriel Garcia Marquez

C’est un article un peu spécial que je vous propose : un hommage à Gabriel García Marquez, qui nous a quittés hier à l’âge de 87 ans.

Affectueusement surnommé « Gabo », cet écrivain Colombien m’a marquée à travers ses œuvres, dont la plus célèbre : « Cien años de soledad » (Cent ans de solitude, 1967). Ce roman figure d’ailleurs dans mon top 5 des romans de voyage.

Quand la fiction sublime le quotidien : le réalisme magique ou le réel merveilleux

Avec lui, au fil des pages, je voyageais : j’étais d’un coup téléportée hors du temps et hors du monde, tout en étant en même temps enracinée dans un pays latin, chaud et moite. Il usait des mots avec une habilité et une sensibilité qui ne laissent pas indifférent.

Le réel du quotidien devient merveilleux et le magique réel. L’atmosphère était si humide que les poissons auraient pu entrer par les portes et sortir par les fenêtres, naviguant dans les airs d’une pièce à l’autre. (Cent ans de Solitude).

Dans la préface de l’édition française du roman, Albert Bensoussan introduit l’oeuvre par ces mots :

« Gabriel García Márquez, fasciné par l’absolu de l’écriture et la puissance du verbe, en modelant dans le tohu-bohu génésiaque Cent Ans de solitude, s’est voulu Créateur, en majuscule et en majesté, maître souverain d’un monde inscrit dans l’Histoire. »

Pablo Neruda a affirmé de Cent ans de Solitude que l’oeuvre est « le plus grand roman écrit en langue espagnole depuis Don Quichotte ». Il est considéré comme l’un des plus grands écrivains de langue espagnole et, plus généralement, l’un des plus grands écrivains du XXème siècle.

Gabriel García Marquez : une vie digne d’un roman

Gabriel Garcia Marquez en tenue typique colombienne des Caraïbes

Gabriel García Marquez a une histoire aussi intéressante que ses romans. Ce n’est pas pour rien qu’il affirmait :

« Je n’écris que sur ce que je connais, sur des gens que j’ai vus.»

Ainsi, son village natal, Aracataca (Colombie), deviendra un lieu mythique, connu sous le nom de Macondo dans Cent ans de solitude.

« Gabo » a vécu une vie riche, pour ne pas dire « des vies » : il parcourut de nombreux pays, vécut dans le dénuement et exerça milles métiers. En 1982, il reçu le Prix Nobel de littérature.

Ses œuvres sont teintées de réalisme magique, mais aussi d’Histoire et de convictions politiques. L’écrivain devint d’ailleurs une référence, servant de médiateur avec la guérilla colombienne. Pour autant, il se définissait comme écrivain et non comme politicien :

« Je suis un romancier, disait-il, et nous, les romanciers, ne sommes pas des intellectuels, mais des sentimentaux, des émotionnels. Il nous arrive à nous, Latins, un grand malheur. Dans nos pays, nous sommes devenus en quelque sorte la conscience de notre société. Et voyez les désastres que nous provoquons. Ceci n’arrive pas aux Etats-Unis, et c’est une chance. Je n’imagine pas une rencontre au cours de laquelle Dante parlerait d’économie de marché. »

Au-delà de la fantaisie : la vie

Dans ses œuvres, des thèmes récurrents se retrouvent : l’amour et le couple, l’engagement, mais aussi la mort.

« Je pense évidemment à la mort. Mais peu, aussi peu que possible. Pour en avoir moins peur, j’ai appris à vivre avec une idée très simple, très peu philosophique : brusquement tout s’arrête et c’est le noir absolu. La mémoire est abolie. Ce qui me soulage et m’attriste, car il s’agira là de la première expérience que je ne pourrai pas raconter. »

Citations : des mots pour la vie

Voici quelques citations de cet auteur, afin que ses mots ne se perdent pas avec lui et que ses oeuvres continuent à toucher les générations à venir.

La vie n’est pas ce que l’on a vécu, mais ce dont on se souvient et comment on s’en souvient.

Tout le monde veut vivre au sommet de la montagne, sans soupçonner que le vrai bonheur est dans la manière de gravir la pente.

Les choses ont une vie bien à elles ; il faut réveiller leur âme, toute la question est là. (Cent ans de solitude)

C’était un mari parfait: il ne ramassait rien, n’éteignait jamais la lumière, ne fermait jamais une porte. (L’amour au temps du Choléra)

Il devait lui apprendre à considérer l’amour comme un état de grâce qui n’était pas un moyen mais une fin en soi. (L’amour au temps du Choléra)

Le problème du mariage, c’est qu’il meurt toutes les nuits après l’amour et qu’il faut le reconstruire tous les matins avant le petit-déjeuner.(L’Amour aux temps du choléra)

Il était encore trop jeune pour savoir que la mémoire du cœur efface les mauvais souvenirs et embellit les bons, et que c’est grâce à cet artifice que l’on parvient à accepter le passé. (L’Amour aux temps du choléra)

J’ai appris qu’un homme n’a le droit d’en regarder un autre de haut que pour l’aider à se lever.

– Je pense que l’exemple de Bonaparte est bon aussi bien pour nous que pour le monde entier, dit le Français.
– Je ne doute pas un instant que vous le croyiez, dit le général sans dissimuler son ironie. Les Européens pensent que seul ce qu‘invente l’Europe est bon pour le reste du monde et que tout ce qui est différent est exécrable.

(Échange entre Diocles Atlantique et Simón Bolívar à propos du système de gouvernement des nouvelles républiques sud-américaines ; extrait de « Le Général dans son labyrinthe »)

N’arrête jamais de sourire, même si tu es triste, parce que tu ne sais pas qui pourrait tomber amoureux de ton sourire.

(…) le simple plaisir de la narration… est peut-être l’état de l’homme qui s’apparente le plus à la lévitation. (Douze contes vagabonds, Prologue).

12 réponses à “Hommage à un artiste du réel merveilleux”

  1. Salut Amandine !

    Chouette article, vraiment. On sent que tu aimais vraiment cet auteur. De mon côté, je ne suis pas très calé non plus en littérature hispanique même si j’ai déjà entendu dire qu’en ce domaine, Gabriel Garcia Marquez était un auteur incontournable.

    Les citations que tu as mise m’ont vraiment inspiré pour certaines. Merci pour ça !

    J’ai aussi bien aimé ce qu’il dit sur le fait que les romanciers ne sont pas (que) des intellectuels mais avant tout des personnes d’émotions. Je conçois avant tout l’écriture d’un roman par les émotions qu’on a envie de transmettre, et que le lecteur doit découvrir ensuite.

  2. Il va nous manquer… lui et la possibilité d’un autre roman à couper le souffle…
    un vibrant hommage, bien mérité et très bien rendu.

    Belles lectures!

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