Le Salar d’Uyuni, vous ne connaissez pas ? Pourtant, vous avez sûrement déjà dû apercevoir l’une ou l’autre photographie de ce désert de sel dans des publicités ou sur Internet. Théâtre d’illusions, il est le cadre parfait pour réaliser des montages photographiques ludiques en tout genre !

Situé sur les hauts plateaux du sud-ouest de la Bolivie, il couvre une superficie équivalant celle de la Jamaïque. L’expédition au Salar d’Uyuni, avec ses paysages à couper le souffle, reste parmi mes meilleurs souvenirs de mon séjour en Bolivie et en Amérique du Sud.

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Seul au monde dans le désert de sel…

Souvenirs salés d’Uyuni

Je me souviens…

Je me souviens  d’une aube aux couleurs orangées transperçant la nuit noire et froide, de tons pastel dansant sur une toile blanche prête à accueillir les fantaisies du jour. Je me souviens d’îlots naufragés au milieu d’un océan blanc, de cactus géants et de chiens errants. Je me souviens de jardins étranges, où même Alice se serait sentie chez elle. Je me souviens d’arbres de pierre, de sources chaudes, de bulles de boue, de lagunes colorées, de lamas de carnaval…

Je me souviens et repense, rêveuse, au Salar d’Uyuni.

Au sel, et vite !

Le Salar d’Uyuni était une de nos destinations prioritaires dans nos pérégrinations sur le continent sud-américain. Il nous appelait… et nous pressait. Partis en janvier, il ne nous restait que peu de temps pour le rejoindre avant la fin de la saison des pluies.

Pourquoi courir après la pluie me direz-vous ?  (… Surtout en venant du plat pays !)

La raison est simple : seule l’eau laissée par les pluies sur le sol blanc du Salar est capable de lui donner ses airs féériques.

 Le Salar : 4 jours, 4 roues, 4 touristes

C’est depuis Tupiza, ville des chevaux, que nous partons en expédition pour 4 jours à bord d’un 4X4, accompagné de notre guide-chauffeur, de la cuisinière et de deux touristes canadiens. Ça parle espagnol, français et anglais dans notre petite embarcation. Et les négociations musicales vont bon train pour ne pas se coltiner le disque spécial touriste présidé par Queen, au profit de musiques plus locales.

Nous découvrons dans la boite à gants un CD des Kjarkas, un groupe bolivien originaire de Cochabamba, que nous réclamons joyeusement, au grand étonnement des deux Canadiens. Et nous de leur rétorquer fièrement « quoi, vous ne connaissez pas les véritables auteurs de la lambada ? »… alors que nous ne l’avions découvert par hasard que quelques semaines plus tôt. Les Canadiens préférant leurs ballades country, un tour de garde musical est finalement instauré : ce sera « chacun son tour » de veiller à l’univers sonore.

Le paysage depuis Tupiza évolue, ce sont des mondes différents que nous traversons : sauvages, désertiques, étranges et magnifiques.

Là où nous allons, il n’y a pas de route

Notre guide-chauffeur parvient, à maintenir l’intérêt et l’enthousiasme de son petit auditoire tout au long de ces heures d’immobilité passées à voir défiler le paysage. Nous en apprenons beaucoup sur la région, la culture et le pays. Nous parlons politique, éducation, traditions, tourisme…

Notre 4X4 et notre guide sont les plus rapides du troupeau de véhicules chargés de touristes partis à l’assaut de l’immensité blanche du désert : nous arrivons toujours les premiers aux endroits de pause ou de visite, pour découvrir des lieux déserts, à notre grande satisfaction. L’utilité d’un 4X4 est indiscutable dans ces contrées, et nous avons bien de la chance d’être guidés par un MacGyver des temps modernes, qui répare tout à coup de fil de fer et de grands sourires.

Uyuni, Tupiza, Bolivie
En quittant Tupiza, vue sur la Vallée de la Mort

Les Andes et les lamas

Première étape : grimper ! Nous montons encore et encore, nous enfonçons dans la cordillère des Andes. Les lamas nous regardent paisiblement passer, sans se douter qu’ils seront bientôt affublés de guirlandes et autres décorations pour le carnaval, qui se prépare depuis des semaines.

À l’un de nos arrêts près de villages andins du Sud Lipez, nous déjeunons entourés de lamas et avons la chance de voir un bébé qui venait de naître peu avant notre arrivée, le placenta de la maman étant à moins d’un mètre du bébé, qui n’arrivait pas encore à se lever. Pour notre première nuit, notre guide nous dégotte une maison en terre séchée, équipée dernier cri d’un panneau solaire faisant fonctionner l’unique ampoule de la demeure… mais seulement quand le soleil brille !

À 4.200m d’altitude, nous passons une froide nuit, tout habillés sous nos couvertures poussiéreuses, à écouter le Canadien guitariste, qui nous chante quelques ballades avant de nous laisser sombrer dans le pays des rêves de lamas et de sel.

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Nouveau-né qui ne marche pas encore

L’or maudit

Seul groupe de touristes à nous y être risqué vu les routes glissantes, nous arrivons dans le village perdu au milieu de la montagne et déserté par les humains. Le village fantôme de San Antonio (Viejo), abandonné au XVIe siècle, est chargé d’histoires et de légendes. À l’époque, ce village de chercheurs d’or était le plus riche de toute la Bolivie : il surpassait même Potosí et ses mines d’argent. Car quoi de mieux que l’argent, sinon l’or !

La légende raconte que les mineurs, dans leur quête avide, auraient passé un pacte avec le Diable, afin de profiter des richesses de la montagne. Mais ceux-ci, comme dans toutes les histoires dramatiques, l’ont rompu. La suite coule de source : le Diable, un gars qu’il vaut mieux ne pas chercher, après les avoir tous exterminés (simple formalité) aurait fermé l’accès aux mines avec une table en argent. Quiconque déplacerait cette table provoquerait la fin du monde … Rien que ça !

Nous parcourons le village à la recherche de fantômes … mais rien, pas même une table en argent ! Le seul habitant des lieux est la viscache, un lapin de montagne à longue queue, très bon sauteur.

De l’eau dans un désert surréaliste

Le voyage dans la région du Salar est rythmé par les nombreuses lagunes que nous croisons, toutes différentes. Certaines d’entre elles abritent une faune variée : renard, vigognes, rongeurs en tout genre, canards… Mais celui qui règne en maître de l’élégance est sans conteste le flamand rose.

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Vigognes au bord d’une lagune

La note aquatique du voyage se poursuit avec l’arrêt fort apprécié à Aguas Calientes, où une petite piscine, construite aux abords d’une lagune, récupère l’eau de sources chaudes, avec une température de 38°C ! Ce bain « rafraîchissant » étant notre unique contact avec de l’eau chaude pendant notre séjour désertique, nous en profitons un peu !

Notre guide nous amène ensuite, pour un bref aller-retour, traverser le magnifique désert de Dali jusqu’à la Laguna Verde, une lagune… verte, comme vous l’aurez deviné ! Le désert de Dali, couvrant une superficie de 110km2, m’a beaucoup impressionnée : j’avais la réelle sensation de me retrouver dans une toile du célèbre peintre surréaliste. Les tons sont doux et se mélangent comme une aquarelle, pour donner à ces montagnes au milieu du désert des tons rouges – orangés.

Montagnes et pierres au désert de Dali Uyuni Andes Bolivie
Le désert de Dali aux tons pastel

Attaque de boue !

Le point culminant de notre périple correspond à la zone des geysers de boue, plus de 5000 mètres… C’est aussi le moment où j’ai le plus ri de tout le séjour !

Notre guide nous montre le phénomène de geyser de boue. Cela ne sent pas particulièrement bon, on dirait des casseroles de sorcières où mijotent quelques potions infâmes… Pour appuyer ses dires, et parce qu’il était un peu bizarre aussi, notre guide lance un caillou dans un des geysers. Action-réaction : le geyser riposte, et c’est un gros projectile de boue chaude qu’il envoie… directement sur la tête de François. Le pauvre ne comprend ce qui lui arrive qu’une fois sa main portée à l’endroit de l’impact. Il regarde alors sa main souillée par la boue visqueuse d’un air ahuri puis tente de se débarrasser de son nouveau couvre-chef. Mais sans une source d’eau suffisante, c’est peine perdue. Nous reprenons la route dans le 4X4, feignant d’ignorer le doux parfum qui envahit l’habitacle tout en nous retenant de rire, afin de ne pas vexer (encore plus) la pauvre et innocente victime !

Nous quittons cette région désolée pour la partie la plus haute en couleur de notre aventure salée …

Le pays des lacs multicolores

Les paysages s’enchaînent comme un spectacle bien rodé : « The show must go on ! ». C’est à présent au tour des lagunes de nous faire leur numéro, et nous restons sans voix. Celles-ci se succèdent, toutes différentes, affichant leurs plus belles couleurs pour nous séduire. Après de banales lagunes bleues, dégageant une paix et une harmonie palpable, c’est au tour de lagunes plus fantaisistes de nous surprendre : rose, rouge, verte …

Notre guide nous explique qu’il y avait bien plus de lagunes avant, mais qu’elles s’évaporent jusqu’à disparaître. Nous atteignons enfin la dernière lagune de la journée : la Laguna Colorada. Celle-ci, d’un profond rouge sang, me fait basculer en plein Mordor, et tels Frodon et Sam, nous sautons d’un rocher à l’autre pour en explorer les rives désolées.

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Lagune d’Uyuni

À suivre…

Et c’est sur cette journée colorée que se termine ce premier article dédié au Salar d’Uyuni. Dans le second volet, nous découvrirons l’arbre de pierre et pénétrerons enfin dans l’océan blanc… et je vous livrerai également tous mes conseils pratiques pour partir en expédition dans le fameux désert de sel.



34 commentaires

  1. Ces récits, ces photos, ça donne juste envie de s’y rendre au plus vite !!
    La toute première photo est incroyable !!
    Tu écris vraiment bien, j’imagine qu’on te l’a déjà dit 10000 fois… ^_^

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    • Merci beaucoup Cindy, ce genre de compliment me touche beaucoup à chaque fois 😉

      Je pense qu’écrire sur ce qui nous passionne aide à le faire avec plus de passion, et cela se ressent sûrement ! Et puis, je dois avouer, je pense que l’on s’améliore en écrivant : cela fait déjà quelques mois que je blogue, et je vois déjà une différence de style – encore plus avec mon autre site, Sur la route du monde, débuté en 2008 : la différence est encore plus flagrante !

      Contente d’avoir pu partager mon enthousiasme pour cette belle région de Bolivie : objectif atteint ! 😀
      Si je ne peux te donner qu’un conseil : fonce ! 😉
      Mon prochain article sur Uyuni, avec le deuxième volet, parlera plus directement du désert de sel et surtout regroupera plein de bons conseils pour découvrir le Salar et ses environs.

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    • La route des lagunes est définitivement notre coup de coeur!

      A faire à vélo pour se sentir vivant! Bonheur et intensité garantis. Nuits étoilées à 5000m d’altitude, réveil près des flamands roses, petite soupe de quinoa et spagheti façon salsa chez les locaux… Seul point négatif: certains 4×4 nous frôlent car nous sommes sur « leurs pistes » et nous entourent d’un nuage de poussière. Mais malgré tout, j’espère qu’il n’y aura pas de projet de construction de route!

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      • On rêve de retourner au Salar (un jour) et François a déjà glissé l’idée de le faire peut-être à vélo… on verra bien 😉 Mais en tout cas votre message donne envie !

        Dommage pour l’attitude des chauffeurs (qu’on peut très bien s’imaginer, malheureusement) ; j’espère également malgré tout que le salarié restera le plus « nature possible », sans route, mais je ne pense pas que ce soit au programme…

        Beaux voyages à vous et au plaisir d’échanger dans de futurs commentaires 🙂

  2. Je ne peux qu’être admiratif de cette vue limpide que vous nous donnez avec la photo du header. Cette photo donne envie d’y être. Merci pour votre partage.

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    • Merci pour ce commentaire sympa ^^ Le Salar d’Uyuni est l’un de mes coups de coeur d’Amérique latine, et c’est toujours un plaisir de partager ses passions ! 😉

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  3. Un incontournable dans l’itinéraire que je me suis fixée. Merci pour le partage.

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    • Oui c’est un magnifique endroit!! Pas très loin de chez nous…. !

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      • Quelle chance de vivre à côté du désert de sel ! Vous avez bien choisi votre place 😉
        C’est l’un des plus beaux endroits que j’ai vu lors de mon voyage. Profitez bien !

      • Pour ceux qui passe par là… nous sommes à Sucre… pas très loin ! de fait c’est un endroit magique !

      • A Sucre ? J’ai beaucoup aimé cette ville. Nous y sommes restés une dizaine de jours … pas qu’il y ai tant de choses à faire ou à voir, mais l’ambiance de la ville nous a plu. Et puis, nous avions trouvé un logement tenu par un français et une suisse je pense (de mémoire) : super sympa, avec une petite cuisine (au bout d’un moment, on en a parfois marre de manger dehors tout le temps : étrange, mais vrai !). Je garde de très bons souvenirs aussi de cette maison pour jeunes ou nous sommes allés quelques fois, entre autre organiser un concours d’échec : de très bons souvenirs !

    • Merci pour ton commentaire Gayelle, je te souhaite un très beau voyage et une belle découverte d’Uyuni. Si tu as besoin de conseils pratiques, garde à l’oeil mon prochain article sur le salar 😉

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  4. ça nous fait plaisir de savoir en avance que dés que nous quitterons l’Asie, nous aurons encore de belles choses à voir

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    • Ho oui, plein de paysages magnifiques vous attendent en Bolivie et en Amérique latine en général !

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      • cool… encore une année à pédaler et nous y seront !

  5. Décidément, encore un point en commun ! J’ai aussi écrit un article sur ce lieu un peu irréel qui m’avait subjugué. Il pourra être complémentaire au tien !

    C’est un endroit génial que j’aimerais voir de mes propres yeux. Je t’envie de l’avoir vu « en vrai » 🙂

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    • Merci Jérémy pour ton commentaire.
      J’ai lu ton article : sympa ^^
      Je vois que nous apprécions tous les deux le côté surréaliste et féérique des lieux !
      En photo, ça donne déjà pas mal, mais « en vrai », c’est encore mieux 😉

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